La Jungle de Calais, photographiée le 30 septembre 2015.
La Jungle de Calais, photographiée le 30 septembre 2015. © Aurélie Baumel/MSF

Dix mois après l’ouverture du camp de Calais, dans le nord de la France, l’Etat propose une solution d’hébergement pour mettre à l’abri 1500 personnes. Ce sont des containers-dortoirs qui ont été installés sur un espace sécurisé à l'intérieur du camp. Il aura donc fallu du temps pour que ce centre dit d'accueil provisoire, ouvert le 11 janvier, voit le jour. Car aucun aménagement n’avait été fait sur ce terrain inondable en mars 2015 quand le site de la Lande avait été mis à la disposition des réfugiés.

Au fil des mois, leur nombre avait augmenté mais les conditions de vie restaient inacceptables. « Nous avons décidé d'intervenir pour répondre aux besoins de ces exilés sur le plan médical et pour améliorer l’hygiène sur le site », indique le Dr Michel Janssens, chef de mission à Médecins Sans Frontières. En septembre dernier, MSF a amélioré les points d’eau et mis en place un système de ramassage des ordures. Alors que cela devrait être à la charge de l’Etat, MSF continue aujourd’hui de distribuer des sacs poubelle et de gérer en partie la collecte des ordures. 

Dans le dispensaire qu’elles ont aménagé sur le site, les équipes de MSF donnent entre 100 et 120 consultations par jour : consultations médicales, soins infirmiers et soins de kinésithérapie. Les pathologies sont liées essentiellement aux conditions de vie, ce sont des infections respiratoires, ORL, et des cas de gale.

Pour mettre au sec les réfugiés, autre besoin essentiel avec l’hiver qui arrivait, MSF a entrepris de construire des abris en bois, pouvant loger 4 à 5 personnes. Plus de 100 abris ont été fournis et MSF continue la construction de ces abris car les solutions d’hébergement proposées par l’Etat – les 1500 places du centre d’accueil provisoire et les 400 places du centre Jules Ferry situé sur la Lande qui est réservé aux femmes et aux enfants – sont insuffisantes pour les 4500 à personnes vivant dans le camp de Calais.

Autre défaut du camp de l’Etat qui a été aménagé à l’intérieur de « la Jungle » et ceint de grillages, un contrôle d’identité est effectué à l’entrée. Or cela n’est pas de nature à rassurer les migrants qui redoutent d’être expulsés vers leur pays d'origine. Par ailleurs, il n’y a pas de douches et il n’est pas possible d’y faire à manger. « On a le sentiment que les considérations sécuritaires prennent le pas sur les conditions de vie des migrants », observe Michel Janssens.

Par ailleurs, un périmètre de 100 mètres autour du camp de l’Etat doit être libéré pour des raisons de sécurité, ce qui implique de déplacer les personnes vivant sur ce périmètre et risque d’engendrer des tensions.

Or l’atmosphère n’est guère sereine dans le camp de Calais et ses environs immédiats. Le dispositif policier a été renforcé, ce qui n’a pas empêché que, la semaine dernière, des violences éclatent plusieurs nuits de suite. Les tensions ont monté entre des groupes anti-migrants, quelques migrants et les forces de l’ordre qui usent largement de bombes lacrymogènes et ont tiré des flashballs.

« Nous avons reçu en consultation dix personnes blessées lors des violences de la semaine dernière. Elles présentaient des hématomes ou des contusions provoquées, selon elles, par des tirs de flashballs », remarque Michel Janssens. Les équipes MSF en maraude ont aussi vu des personnes qui disent avoir souffert des gaz de bombes lacrymogènes ou avoir été blessées par des tirs de flashballs. Et pour tous ceux qui avaient fui la violence dans leur pays, ces nouvelles violences sont incompréhensibles.