Le camp de réfugiés syriens est surpeuplé et l'aide insuffisante
Le camp de réfugiés syriens est surpeuplé et l'aide insuffisante © Pierre-Yves Bernard / MSF

Dans le camp de Domiz, près de la ville de Dohuk dans la région kurde d’Irak, le nombre de réfugiés syriens ne cesse d’augmenter. Avec 700 à 1 000 nouveaux arrivants chaque jour, les services fournis dans le camp restent insuffisants pour répondre aux besoins croissants.

Chaque jour, jusqu’à 1000 personnes traversent la frontière entre la Syrie et la région kurde de l’Irak. Les gens voyagent plusieurs heures sur les routes rocailleuses qui séparent la Syrie du Kurdistan irakien.

« Nous sommes partis à cause de la guerre, raconte une femme. Nous venons de Qamishli. La ville est complètement assiégée, il n’y a pas de combustible pour se chauffer, pas d’eau et pas d’électricité. Le voyage a été très long et difficile, car nous avons dû passer par les montagnes. J’ai cinq enfants très jeunes et eux aussi ont dû marcher. Nous avons enduré bien des souffrances avant d’arriver ici, mais Dieu merci, nous sommes arrivés. »

Deux ans après le début de la crise en Syrie, les civils continuent à fuir leur pays par dizaines de milliers. Selon le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies (HCR), ils seraient plus d’un million à avoir trouvé refuge dans les pays voisins. Beaucoup d’entre eux ont décidé de fuir vers l’Irak. Selon le HCR, à la fin mars 2013, ils seraient plus de 125 000 à s’être réfugiés au Kurdistan irakien.

Initialement conçu pour accueillir 1000 familles, le camp de Domiz a été mis en place dans la province de Dohuk en avril 2012. Mais, avec plus de 35 000 personnes, le camp est aujourd’hui surpeuplé et le niveau d’assistance nettement insuffisant. Malgré les efforts déployés par les autorités locales, le camp a atteint sa capacité et les différents acteurs de l’aide peinent à répondre aux besoins de plus en plus pressants des résidents du camp.

Aujourd’hui, le manque d’abris pour les nouveaux arrivants est criant. La plupart des réfugiés nouvellement arrivés dans le camp doivent partager tentes, couvertures, matelas et même leur nourriture avec d'autres familles.

Présente dans le seul dispensaire du camp, MSF prodigue environ 3500 consultations chaque semaine et a doublé le personnel travaillant sur le projet. Les pathologies observées durant les consultations sont principalement liées aux mauvaises conditions de vie aggravées par l’hiver très rigoureux qui a frappé la région cette année. « Plus de la moitié de nos consultations sont des infections respiratoires, explique Emilie Khaled, responsable de terrain. La promiscuité dans laquelle vivent les gens avec souvent plus de dix personnes sous la même tente favorise la propagation des maladies. Aujourd’hui avec le radoucissement des températures et un service d’eau, d’assainissement et d’hygiène plus qu’insuffisant, nous observons une augmentation des cas de diarrhée dans le camp. Il est urgent de trouver des solutions pour accueillir ces populations dans de meilleures conditions

Activités de MSF à Domiz

Depuis mai 2012, MSF est le principal acteur de santé dans le camp de Domiz. Les équipes MSF fournissent des soins de santé générale ainsi que des consultations de santé mentale. MSF a également mis en place un programme de santé reproductive. Pour répondre à l’afflux de réfugiés dans le camp, MSF a renforcé ses équipes portant à 60 le nombre de ses employés nationaux et internationaux.

A ce jour, les équipes médicales de MSF ont dispensé plus de 64 800 consultations et s’apprêtent à vacciner contre la rougeole quelque 31 000 personnes âgées de six mois à 30 ans.

Par ailleurs, MSF distribue des kits d’hygiène, mène des activités d’approvisionnement en eau potable et en assainissement. Depuis la mi-janvier, les équipes de MSF distribuent chaque jour 160 000 litres d’eau à 1800 familles. Ces dernières semaines, MSF a distribué quelque 3500 kits d’hygiène et prévoit d’en distribuer 4500 supplémentaires d’ici la fin avril.

Un réfugié, père de quatre enfants, témoigne :

Nous vivions en zone rurale. Les soldats ont envahi notre village à cinq heures du matin. Nous étions assis à l’intérieur. Ma plus jeune fille est venue nous prévenir: « papa, l’armée est à l’extérieur ». Nous sommes allés voir. Les soldats du régime ont pointé leurs fusils dans notre dos en disant si vous bougez, on tire.
 

J’avais peur qu’ils me tuent. Ma femme était enceinte et par peur elle leur a dit: « mon mari n’a rien fait de mal ». Ils nous ont rendu nos cartes d’identité et sont partis. Mais ils revenaient un jour sur deux dans notre village et brisaient les portes, les fenêtres. Mes enfants ne cessaient de pleurer, ils étaient terrifiés. Nous avons donc quitté notre ferme et nous sommes d’abord enfuis à Qamishli. Ici, nous vivons avec une autre famille, nous n’avons pas assez de couvertures. Tous mes enfants sont malades à cause du froid.
 

Il y a tellement de gens dans notre situation. Les autorités travaillent dur, mais elles ne peuvent pas faire face à un si grand nombre de personnes. Nous sommes enregistrés auprès de l’ONU en tant que réfugiés. Nous sommes enregistrés partout, nous avons rempli tous les formulaires tous les papiers sont avec moi. Mais encore une fois, le nombre de personnes est tel que certaines personnes sont obligées de vivre dans la rue. Les autorités et les organisations ne peuvent pas faire face à tous ces besoins. »