Des réfugiés dans le camp de Grande-Synthe.
Des réfugiés dans le camp de Grande-Synthe. © Mohammad Ghannam/MSF

Nicolas Robichez est logisticien. Il fait partie de l’équipe MSF qui travaille depuis deux mois sur le site de Grande-Synthe, près de Dunkerque. Il décrit la vie dans ce site où vivent dans des conditions inhumaines plus de 2000 réfugiés, essentiellement kurdes. 

« J’ai découvert, il y a deux mois, le camp de Grande-Synthe près de Dunkerque. J’étais avec mes collègues MSF : un médecin et le coordinateur de projet.  Il y avait alors environ 800 réfugiés et seulement une poignée d’enfants. Maintenant ça saute aux yeux. On voit de plus en plus de familles et d’enfants, il en y a plus d’une centaine. Des bénévoles ont installé dans le camp une petite école où un instituteur kurde fait la classe. Mais pour combien de temps ? Comme tous les réfugiés ici, il ne rêve que d’une chose : passer en Angleterre. S’il y arrive, qui va prendre la relève ?

La rumeur court à Calais – cet endroit où il y a plein de grillages et de barbelés – qu’on passe mieux du côté de Dunkerque. Ce n’est qu’une rumeur, mais des gens qui étaient à Calais viennent ici avec l’espoir de passer. La population du camp a plus que doublé, on pense que 2000 personnes sont maintenant à Grande-Synthe. Essentiellement des Kurdes d’Iran, de Syrie, d’Irak, mais on voit aussi des Koweitis et des Vietnamiens. Cette augmentation s’explique aussi parce qu’il y a de nouveaux arrivants et parce que le camp de Teteghem à 10 km a été démantelé par le maire et le sous-préfet. Les 250 réfugiés de Teteghem ont été emmenés, à la mi-novembre, dans des colonies de vacances ou des centres de mise à l’abri en Savoie, dans le centre de la France, dans les Landes...  Et certains sont revenus ici, j’en ai vu arriver pieds-nus. C’est dire leur volonté d’être près de l’Angleterre.   

Il faut voir comment c’est ici. Les gens vivent dans la gadoue avec des flaques d’eau partout. Ils dorment dans des tentes ultra légères, au milieu de la boue. Des bénévoles ont construit quelques abris et monté une grande tente. Car  beaucoup de gens faisant partie ou non d’associations « historiques » ou récentes ont envie d’aider les migrants et viennent à Grande-Synthe, surtout le week-end. On voit beaucoup d’Anglais et aussi des Belges, des Allemands, des Néerlandais et des Français. Ils donnent des tas de choses, des tentes, de la nourriture, des vêtements… Mais  cela ne correspond pas forcément aux besoins. 

Grande-Synthe

Le camp de Grande-Synthe. © Mohammad Ghannam/MSF

Résultat, on retrouve par terre dans la boue des vêtements inutilisables, de la nourriture… Ce qui attire les rats. Sur nos conseils, la mairie fait deux opérations de dératisation par semaine qui consistent à mettre du poison dans les trous pour éviter que les gamins y touchent.  On retrouve tellement de trucs jetés par terre que pour installer le dispensaire où nous donnons des consultations médicales, nous avons dû utiliser une pelleteuse et dégager le terrain de tout ce qui jonchait le sol.

Pour arrêter le gâchis des distributions anarchiques, nous avons commencé par  mettre en place un petit centre de distribution, c’est un containeur ouvert avec un auvent qui permet de faire des distributions organisées et pas devant un coffre de voiture ouvert à tout vent. Nous contactons aussi les donateurs pour leur demander d’apporter des choses  vraiment nécessaires et d’oublier les chaussures à talons aiguille, les plaques de saumon fumé… Ensuite nous envisageons d’aménager en dehors du camp un hangar où les donateurs pourront ranger et faire le tri de tout ce qui sera distribué et d’en confier la gestion à une association.

Je pense que nous, MSF, pouvons faire le lien avec  les associations, les réfugiés et la mairie. Car le maire de Grande-Synthe est très actif, il est président du Réseau des élus hospitaliers du Nord-Pas- de-Calais. Ceci explique cela : il a le courage d’aider les migrants. Il a fait installer des blocs sanitaires dans une zone près de l’entrée du camp. Comme ces douches et ces toilettes ne sont plus suffisantes,  nous allons poser 20 toilettes chimiques supplémentaires. Ensuite, bien que des bénévoles nettoient régulièrement les lieux, il y a un problème de gestion des lieux. Pour y remédier, nous allons remettre en état les installations sanitaires, monter des électrovannes pour limiter la durée de la douche à 10 minutes par personne et mettre une cloche qui sonne une minute avant la fin, de manière que plus personne ne s’énerve quand il n’y a plus que de l’eau froide qui coule.

Le ramassage des ordures est aussi une opération conjointe. Nous avons posé des bennes que la mairie se charge de vider. Nous distribuons des sacs poubelle et les réfugiés ont décidé d’organiser un jour par semaine de grand nettoyage. Mais on a tous beau faire, les réfugiés de Grande-Synthe pataugent dans la boue, dorment dans le froid et l’humidité. C’est inhumain. Il faut bien se rendre compte qu’iI y a des familles avec des enfants petits et même des bébés de quelques mois.