Camp de réfugiés mozambicains de Kapise. Février 2016
Camp de réfugiés mozambicains de Kapise. Février 2016 © James Oatway

Whitney Ward, coordinatrice de terrain MSF à Kapise, au Malawi, explique en quoi il est nécessaire de fournir une assistance humanitaire accrue aux 5800 Mozambicains réfugiés dans le village de Kapise au Malawi voisin.

Quelles sont les conditions de vie des Mozambicains au Malawi ?

J’ai travaillé dans différents camps et jamais je n’avais assisté à de tels niveaux de surpopulation. Quand les gens ont afflué au Malawi, ils se sont installés là où ils pouvaient, se construisant des abris de fortune à base d’herbe et de bois. En tout, ce sont des centaines de petits abris qui s’entassent les uns sur les autres où beaucoup d’enfants s’amusent à courir et où les gens cuisinent sur des réchauds. Comme la saison des pluies s’est fait attendre, le camp est resté majoritairement très sec jusqu’à il y a peu, causant un fort risque d’incendie.

La moitié des consultations dans le centre de santé de MSF sont liées à des cas de paludisme : rien que la semaine dernière, nous avons soigné 388 patients atteints de palu. Les réfugiés sont dans un état d’extrême vulnérabilité, mais jusque-là, nous avons au moins eu la chance de ne pas avoir de maladies contagieuses dans le camp. La surpopulation et le manque de sanitaires constituent deux risques majeurs. Par exemple, pour respecter les conditions humanitaires minimales, il nous faudrait au moins 225 latrines pour les 5 500 occupants actuels, mais en réalité, il n’y en a que quinze en état de fonctionnement. Mais, malgré le besoin urgent de nouvelles installations, le manque d’espace nous empêche d’en aménager un nombre suffisant.

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Un homme tente de se fabriquer un abri dans le camp de Kapise. Février 2016 © James Oatway

Comment se sont déroulées les dernières arrivées de réfugiés ?

Les Mozambicains ont commencé à arriver au Malawi au dernier trimestre 2015, mais la semaine dernière, nous avons observé une forte hausse du nombre d’arrivées, avec une augmentation de 40%, propulsant le nombre de réfugiés à plus de 5 800. Nous avons depuis longtemps dépassé la capacité d’accueil du camp pour pouvoir héberger autant de gens. Par exemple, le seul cours d’eau régulier s’est asséché et les réfugiés, généralement les femmes, doivent maintenant attendre en moyenne 2h30 pour pouvoir remplir leurs jerricans. Chaque personne dispose d’environ 8 litres d’eau par jour, c’est à peine assez pour boire et cuisiner, et bien en-dessous des 15 à 20 litres minimum recommandés par les normes humanitaires au sein d’installations d’urgence. Et ce, malgré le forage de nouveaux puits et l’installation de citernes d’eau par MSF.

Camp de réfugiés de Kapise, Malawi. James Oatway

Des réfugiés font la queue afin de pouvoir remplir leurs jerrycans d'eau. Favrir 2016 © James Oatway

La communauté du village de Kapise est très généreuse et hospitalière, mais la surcharge liée aux nouvelles arrivées risque de créer des tensions, particulièrement à propos de l’accès à l’eau. Mais c’est compréhensible parce que la situation n’est tout simplement pas viable : à la base, le village de Kapise compte à peu près 150 familles, mais actuellement, il y a plus de mille familles sur cette parcelle de terrain et les ressources sont limitées.

Que faudrait-il faire ?

MSF essaye d’y améliorer les conditions de vie, mais nous savons que nous n’arriverons pas à atteindre les normes minimales. Il est évident que le camp doit être déplacé. Tout d’abord, il faut qu’il soit installé dans un endroit qui permette de réduire le problème de surpopulation, d’affecter des ressources suffisantes et de garantir un accès suffisant aux soins ainsi qu’un déploiement efficace de l’aide humanitaire.

Camp de Kapise, Malawi. James Oatway

Une femme cuisine dans le camp de Kapise. Février 2016 © James Oatway

Hier, l’arrivée des fortes pluies a transformé le trajet de 45 minutes entre le camp et la ville voisine de Mwanza en un calvaire de deux heures, durant lequel même les 4x4 solides et bien équipés s’embourbaient dans la boue. Les ponts en bois étaient à deux doigts de disparaître sous les eaux. Les gens pourraient donc se retrouver complètement bloqués si les pluies continuent.

De plus, la frontière avec le Mozambique n’est qu’à 300 mètres à peine, une distance bien inférieure à celle recommandée dans ce type de situations où une population fuit la violence dans son pays.


MSF est présente de manière permanente dans les districts de Nsanje, de Neno et de Mwanza (où se situe Kapise), dans le sud du Malawi, où elle soutient le ministère de la Santé dans son apport de soins aux personnes séropositives. MSF mène également un projet de lutte contre le VIH/sida dans la province voisine de Tete, au Mozambique, et est en mesure d’intervenir rapidement en cas d’urgence dans la région.