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La Campagne d'accès aux médicaments essentiels (CAME)

Le Sida en Afrique. Ces brevets me rendent malade




Dans les années 90 notre constat sur le terrain était catastrophique : des médicaments trop chers contre le sida, inefficaces contre le paludisme, archaïques contre la tuberculose.

Alors que ces maladies comptent parmi les premières causes de mortalité à l’échelle mondiale, nos médecins étaient confrontés à des impasses thérapeutiques.

C’est dans ce contexte qu’est née, en 1999, la Campagne d’Accès aux Médicaments Essentiels (CAME), qui se bat pour que nos équipes médicales aient les moyens de soigner leurs patients.

 

Les obstacles à l’accès au soin dans les pays pauvres

- De nombreux médicaments sont trop coûteux pour être utilisés dans les pays pauvres. La multiplication des médicaments brevetés dans les pays développés crée une situation de monopole des firmes pharmaceutiques, empêchant toute concurrence pendant plusieurs années.

- Lorsque de nouveaux traitements plus efficaces sont créés, il leur faut beaucoup de temps avant de devenir accessibles pour les patients. Il faut pour cela que ces traitements soient enregistrés et qu’une nouvelle politique de santé soit mise en place.

Cela a ainsi été le cas du paludisme : un traitement nouveau et efficace - les dérivés d’artémisinine - est venu remplacer les médicaments plus anciens, inefficaces contre la maladie.


Médicaments génériques Malawi



Médicaments génériques. MSF a mis en place, dès 2001, un programme de traitement du sida dans le district de Chiradzulu, une zone rurale dans le sud du Malawi.

© Julie Remy

 

 

- Les médicaments fabriqués dans les pays développés répondent à un marché et non aux besoins des patients. Ainsi, les pays pauvres se trouvent exclus de facto des innovations de la recherche thérapeutique.

On estime en effet que seulement 1% des médicaments commercialisés ces 30 dernières années concernent les maladies tropicales ou la tuberculose. Et ce, alors que les traitements disponibles pour ces maladies sont souvent toxiques et de moins en moins efficaces (en raison des résistances développées).

- Quand bien même les outils thérapeutiques sont disponibles, on rencontre d’autres obstacles dans l’accès aux soins.

Dans le cas du sida, par exemple, le manque de personnel médical qualifié dans les zones les plus touchées par la maladie (Afrique sub-saharienne) représente un obstacle majeur dans l’introduction et le développement de traitements.

 

Kenya, Mathare, clinique MSF de la Blue House. Une patiente atteinte du sida reçoit son triatement.




Une patiente de la Blue House, dans le bidonville de Mathare à Nairobi, au Kenya. MSF y soigne des patients atteints du sida et de la tuberculose
depuis mai 2006.


© Brendan Bannon

 

 

 

Les progrès des 10 dernières années

Le travail de la Campagne d'accès aux médicaments essentiels, ainsi que d'autres acteurs, a permis des avancées significatives ces dernières années. Ainsi :

- Pour les patients atteints de VIH, le traitement par ARV (antirétroviraux) est devenu une réalité sur une grande échelle et une priorité internationale. L'arrivée sur le marché de génériques a considérablement fait baisser le prix des ARV, passant ainsi de 10 000$ par patient et par an en 2000, à moins de 100$ par patient et par an, aujourd'hui.

- Pour le paludisme, un traitement efficace, les ACT (artemisinine-based combination therapy), a été introduit dans la plupart des pays africains. Ce traitement a été adopté suite aux recommandations de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en 2001 et aux campagnes de MSF « Act now ».

- Pour les maladies négligées (trypanosomiase, leishmaniasis, maladie de chagas), la prise de conscience de la nécessité de nouveaux traitements a considérablement évolué et la recherche pour de nouveaux traitements a repris.

- L'impact négatif de la protection intellectuelle appliquée, dans les pays développés, à la santé publique est aujourd'hui largement reconnu.

La déclaration de Doha, en 2001, sur les ADPIC (Accords internationaux sur la protection des droits intellectuels) et la santé publique, ainsi que les résultats obtenus en termes de négociations commerciales de certains pays comme le Brésil, l'Inde ou la Thaïlande ont également permis d'améliorer l'accès à certains médicaments.

- Au sein de l'Organisation Mondiale de la Santé, les gouvernements ont entamé des négociations dans le but de faire progresser la recherche et le développement.

 

Afrique du Sud: traitement antirétroviral pour les patients atteints du sidaLusikisiki, Afrique du Sud, pays fortement touché par la pandémie de sida. MSF a proposé des traitements antirétroviraux dès 2003 dans 11 cliniques de la région et à l'hôpital du district.

© Jonathan Torgovnik



Aujourd'hui, la Campagne pour l'accès aux médicaments essentiels continue de travailler à l'amélioration de l'accès aux traitements existants et à encourager le développement de nouveaux outils thérapeutiques plus efficaces en tenant compte des besoins des populations dans les pays pauvres.

La Campagne soutient également les efforts accomplis pour une innovation médicale tournée vers les besoins des populations malades et non vers le profit uniquement comme c'est aujourd'hui toujours le cas.

 


Sierra Leone, le centre de santé MSF de Gondama

Sierra Leone, centre de santé de Gondama où MSF
traite le paludisme et d'autres maladies tropicales. Les médicaments contre ces maladies sont trop chers
pour les pays en développement.

© Francesco Zizola / Noor


 

 



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