Consultations post-natales, centre de santé de Boguila, février 2015
Consultations post-natales, centre de santé de Boguila, février 2015 © Giorgio Contessi/MSF

Le 26 avril 2014, 19 Centrafricains, dont trois membres du personnel de MSF, ont été tués au cours d’un vol à main armée commis dans l’enceinte de l’hôpital MSF à Boguila dans le nord de la République centrafricaine (RCA).
Un an plus tard, MSF continue de répondre aux besoins médicaux de la population de cette région où l’insécurité et la violence persistent et où aucune autre offre de soins médicaux n’existe.

Immédiatement après le massacre du 26 avril 2014, MSF a pris la décision de réduire ses activités sur Boguila. Désormais, l’organisation gère un centre de santé plutôt qu’un hôpital ; le personnel centrafricain de MSF y offre des consultations externes incluant des soins de santé reproductive, la vaccination et la prise en charge du paludisme, de la malnutrition, du VIH/sida et de la tuberculose. Alors que les besoins médicaux de la population restent criants, dans la région, il n’y a pas d’autres endroits où se faire soigner...

« Le paludisme est la pathologie principale. Les enfants sont les plus touchés, ainsi, la moitié des diagnostics positifs concernent des patients âgés de moins de cinq ans, explique Elysée Tando, en charge du centre de santé. Les infections respiratoires sont également courantes, tout comme les parasites et les maladies diarrhéiques. Encore une fois ce sont les jeunes enfants qui sont les plus touchés. Les populations passent beaucoup de temps dans les champs pour récolter ou cachés en brousse pour se protéger de la violence. Cela a des conséquences sur leur santé. Parfois, les patients ont aussi peur de faire le trajet pour venir jusqu’ici ».

A chaque rumeur ou menace d’attaque par un groupe armé, toute la communauté - patients et personnel du centre de santé compris - fuit en brousse pour s’y cacher. A Boguila comme dans d’autres zones du pays, l’insécurité restreint les mouvements de nos équipes et complique l’accès à ceux qui se cachent. C’est pourquoi, MSF met en place d’autres initiatives afin de parvenir à soigner les habitants des zones reculées.  Ainsi, dans les environs de Boguila, MSF soutient quatre postes de santé où le personnel médical est en mesure de diagnostiquer le paludisme à son stade précoce. La même activité est pratiquée au centre de santé de Boguila et les cas les plus sévères sont transférés à l’hôpital le plus proche, à deux heures de route, celui de Paoua, où MSF travaille depuis 2006.

C’est un vendredi matin tout à fait ordinaire au centre de santé MSF de Boguila. Christelle, 19 ans et enceinte, arrive à l’aube et accouche à 9h30, sans complication. Le bébé – son deuxième – est une petite fille de 3 kg en bonne santé. Le soir, après que le nourrisson ait été vacciné, la mère et l’enfant ont pu rejoindre leur famille. Ils reviendront au centre de santé plus tard, pour les examens post-nataux. Christelle fait partie des 90 femmes ayant accouché au centre de santé MSF au cours de deux premiers mois de 2015. Si elle vit près du centre, dans la ville de Boguila même, beaucoup de femmes enceintes qui s’y présentent viennent de beaucoup plus loin pour y accoucher ou parce qu’elles souffrent de complications souvent liées aux accouchements à domicile (hémorragie ou infection). En vélo, en moto ou même à pied, elles arrivent même la nuit, après avoir parcouru jusqu’à 50 km.  
 

MSF travaille à Boguila depuis 2007. En 2014, l’équipe a dispensé 194 157 consultations, plus de plus de 80% concernaient des cas de paludisme, et a mené 453 accouchements. MSF est présente en RCA depuis 1997. Actuellement de plus de 300 employés internationaux et de plus de 2 000 Centrafricains travaillent pour MSF dans le pays. En réponse à la dernière crise, depuis 2013, MSF a doublé le nombre de ses projets médicaux et en gère actuellement 20 notamment pour les réfugiés centrafricains ayant rejoint des pays voisins comme le Tchad, le Cameroun et la République démocratique du Congo (RDC).