Centre de traitement d'Ebola à Kailahun, Sierra Leone, octobre 2014.
Centre de traitement d'Ebola à Kailahun, Sierra Leone, octobre 2014. © Fathema Murtaza/MSF

En Sierra Leone, MSF dirige deux centres de traitement des cas Ebola – un à Bo et un autre à Kailahun – qui emploient plus de 1 400 personnes. Le centre de traitement des cas d’Ebola de Kailahun a été inauguré le 26 juin 2014. À ce jour, les équipes de MSF ont admis plus de 600 patients, dont 292 ont été guéris. Trois de nos volontaires y travaillant racontent en quoi consiste leur rôle et pourquoi ils luttent contre Ebola.

Interventions de MSF

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CHIFFRES-CLES

• Plus de 3300 MSF déployés, dont 263 internationaux
• 6 centres de traitement gérés par MSF, un total de près de 600 lits
• Plus de 5200 patients pris en charge, dont 3200 cas confirmés et plus de 1200 survivants
• Plus de 1000 tonnes de matériel médical acheminées
• Budget prévu (jusqu'à fin 2014) : 51 millions d'euros

 

EN SAVOIR PLUS

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► Consulter notre FAQ Ebola.

 

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Fatmata Swarray, agent de soutien psychologique : « écouter et réconforter les patients »

Fatmata Swarray travaille depuis juillet en tant qu’agent de soutien psychologique au centre de traitement des cas d’Ebola MSF de Kailahun, en Sierra Leone.

Mon rôle de conseillère consiste à rester disponible pour les patients : les réconforter, leur parler, écouter leurs angoisses et leur expliquer à quoi va ressembler la vie à l’intérieur du centre.

Quand les patients arrivent, mon collègue et moi-même, nous les accueillons pour leur dire que nous sommes à leur disposition. Je leur demande avec qui ils ont été en contact et j’essaie de retrouver ces personnes pour les tester.

Chaque jour, je surveille les patients qui ne quittent pas leur lit, ni leur tente. Je guette les signes pour savoir si quelqu’un a abandonné la partie ou a commencé à croire que la fin est proche. Quand je m’en rends compte, je vais lui parler et je lui explique qu’il ne doit surtout pas abandonner, qu’il doit manger, boire, s’hydrater, essayer de s’asseoir, de sortir et de sentir le soleil sur son visage.

C’est plus difficile quand le patient est un enfant, car ils sont souvent trop faibles et il n’est pas toujours possible de trouver une personne à l’intérieur du centre désireuse de prendre soin d’eux. Il y a des enfants qui ont survécu au virus, ou qui ont été testés négatifs, mais qui ont perdu leur famille. Pendant que nous essayons de localiser un parent, nous les envoyons dans le centre de soin temporaire, une maison établie pour les orphelins de la maladie. C’est pour eux que je m’inquiète le plus. Quel sera leur avenir ?

Je discute également avec les gens qui sont en voie de guérison, et pour qui le pire est passé. Ils nourrissent des peurs différentes de ceux qui sont encore très malades. Je les écoute, je les rassure et je tente de leur redonner le moral. Je leur dis que, désormais, ils ont un avenir, des amis et des familles vers qui se tourner.

Tout le monde est très ému quand un patient est enfin renvoyé chez lui. Nous luis donnons un certificat, quelques articles essentiels et un lot de vêtements propres car il doit laisser derrière lui tout ce qu’il avait apporté. Après de nombreux sourires et poignées de main, notre équipe de promotion de la santé l’emmène rejoindre sa famille ou son village.

Parfois, les survivants ne sont pas les bienvenus dans leur communauté et leurs amis continuent d’avoir peur d’entrer en contact avec eux. Dans ce cas, les survivants m’appellent et je leur parle. Je leur dis d’être fier et de ne pas avoir peur, de ne pas faire attention à ce qui se raconte car désormais ils sont guéris.

C’est très triste quand un patient meurt, de savoir que malgré les efforts des médecins et des infirmiers, c’est la maladie qui a gagné. J’ai pour mission de localiser la famille, de l’informer et de lui demander si elle souhaite assister aux funérailles. C’est la part la plus délicate de ma mission.


mohammed

Mohammed Leno, agent d’hygiène : « Le chlore est mon meilleur ami »

Je viens de l’autre côté de la frontière, en Guinée. Je suis venu en Sierra Leone pour apprendre l’anglais.

Avant Ebola, je pouvais rentrer chez moi. Mais désormais les frontières sont fermées.

Avant, j’étais banquier et étudiant. Désormais, ma vie a changé.

Je fais partie du Groupe de travail Eau et stérilisation dans le centre de traitement d’Ebola de MSF à Kailahun. J’ai commencé en tondant la pelouse, puis comme charpentier – j’ai aidé à la construction du centre. Par la suite, j’ai été pulvérisateur, je m’asseyais près des portes et je pulvérisais du chlore sur les bottes de toutes les personnes qui entraient ou sortaient. J’ai ensuite intégré l’intérieur du centre. J’ai aidé dans les zones de déshabillage, en guidant les gens vêtus des combinaisons jaunes dans chaque étape du long processus de déshabillage et de pulvérisation des tenues et des bottes.

Désormais, je participe au contrôle de l’infection. Mon rôle consiste à contribuer au confinement du virus. Je désinfecte les tentes, les toilettes, les ambulances et les dépouilles. Le chlore est mon meilleur ami et je sais que, si je l’utilise à bon escient, je fais du centre un endroit sûr.

Mon rôle m’expose au volet le plus dramatique d’Ebola. Quand une ambulance arrive avec des patients, il y a souvent une dépouille à l’intérieur – vous ne savez jamais tant que les portes ne se sont pas ouvertes. J’aide les patients à sortir et à se rendre dans la tente réservée au tri, où on leur donne de l’eau et des en-cas ainsi qu’un temps pour reprendre leur souffle après un voyage long et difficile. Si quelqu’un est mort, mon rôle est de désinfecter le corps et de le préparer pour l’équipe des pompes funèbres. C’est toujours très dur car pour certains, mon équipe et moi-même sommes les derniers à voir leur visage. J’essaie toujours de rendre hommage à ces gens dont la vie a été volée par Ebola. Puis nous désinfectons l’ambulance pour qu’elle puisse repartir chercher d’autres personnes malades dans les jours qui suivent.

Parfois, un patient arrive d’une ville ou d’un village proche du centre, alors je me rends chez lui pour tout désinfecter. Je pulvérise les murs, les meubles, les toilettes et le sol. La communauté me regarde toujours avec suspicion, mais je garde la tête baissée et je fais ce que j’ai à faire pour faire de la maison un lieu sûr.

Quand un patient meurt à l’intérieur du centre, il y a toujours beaucoup de désordre, un mélange de fluides corporels qui montre que la personne a lutté contre la maladie, mais que celle-ci a été la plus forte. Quand cela arrive, j’y vais avec des compresses et du chlore et j’efface toutes les traces de la mort.

Je me sens en sécurité quand j’enfile le costume jaune , mes gants et mon masque et que j’ai mon pulvérisateur avec moi. Je prends ma mission très au sérieux car en tant qu’agent d’hygiène, je m’expose aux risques. Mon travail est intense : je nettoie et je soulève les choses tout en portant mes équipements de protection, ce qui fait que je transpire beaucoup. Je suis obligé de doser mes efforts, de respecter les règles : la moindre erreur pourrait avoir des conséquences graves.

Je sais que la bataille contre Ebola fait aussi rage dans mon pays, en Guinée, mais je suis heureux d’être ici et de pouvoir aider. Je suis fier de mon job car je sais que je fais une différence.


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Dominic Pessima, promoteur de la santé pour MSF :  « briser la chaîne de transmission grâce à la sensibilisation »

Je suis promoteur de la santé au centre de gestion des cas Ebola de MSF à Kailahun, en Sierra Leone. Je travaille aux avant-postes d’Ebola car il s’agit de ma communauté et je dois faire tout ce qui est en mon pouvoir pour convaincre ses membres que la maladie est une réalité.

En tant que promoteur de la santé, je me tiens à mon crédo : mieux vaut prévenir que guérir. Cela fait trois mois que je parle aux gens d’Ebola. Je vais dans les villages, dans les communautés qui perdent des membres de leurs familles et des voisins, et je leur explique la maladie.

Chaque fois que je m’approche d’un village touché, je suis conscient du risque mais je suis préparé. Je m’y rends en voiture, je passe le barrage de quarantaine. Je sors chaussé de mes bottes blanches en caoutchouc et vêtu de ma veste MSF, prêt à informer et à discuter. J’utilise des prospectus, des spots radio et le dialogue pour clarifier les confusions autour d’Ebola. Souvent, je suis le bienvenu et quand je parle, les communautés m’écoutent. Parfois, néanmoins, les gens se moquent de moi et détournent la tête car ils ne croient pas ce que je leur dis.

Mon rôle consiste à convaincre les gens de se laver les mains, d’éviter la viande sauvage, de préférer les repas individuels à ceux pris en commun et, surtout, de ne rien toucher.

Même si la crainte est réelle et que la mort est omniprésente, il reste des incrédules. Alors je persiste, j’essaie de les convaincre, de leur dire pourquoi ils doivent éviter tout ce qui réunit les gens. Ils doivent essayer de garder leurs distances. Ils ne doivent pas se précipiter pour aider leurs voisins et leurs amis quand ceux-ci sont malades. Ils doivent adapter leur mode de vie jusqu’à ce que cette terrible maladie soit derrière nous.

Je leur parle du Centre de traitement d’Ebola. Je leur dis que c’est là que les malades vont se faire soigner, même si beaucoup d’entre eux y meurent aussi, car ils sont arrivés trop tard et que la maladie a pris le dessus. Pour les communautés, le centre est un endroit d’où les gens ne reviennent jamais, un lieu de mort. Ils me demandent, « s’il n’y a pas de traitement, comment peuvent-ils nous soigner ? »

De nombreux défis subsistent mais ils sont vite oubliés dès que je réussis à ramener un survivant chez lui. Les villageois se réunissent avec de grands sourires. Ils chantent, ils dansent et parfois prient aussi. Pour ceux qui ont perdu des proches, cela donne de l’espoir. Pour moi, c’est la preuve que nous avons fait du bon boulot.

Malheureusement, souvent les personnes qui ont été soignées n’ont plus leur place dans la communauté. Elles sont bannies et considérées comme dangereuses. Dans ce cas, je me rends dans le village du survivant. Je tente de les convaincre que cette personne va bien et qu’elle ne représente plus une menace. J’explique la situation et je m’efforce de rassurer la communauté. Je le fais avec des mots simples, et en touchant le survivant pour qu’ils comprennent qu’ils n’ont rien à craindre.

Je suis un guerrier parti affronter Ebola. Je brise la chaîne de transmission grâce à la sensibilisation. Et je continuerai de le faire jusqu’à ce que nous réussissions à vaincre la maladie. Je crois que je suis du côté des vainqueurs.

 

A quoi ressemble un centre de traitement de l'Ebola ?

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Comment est équipé un personnel de santé pour lutter contre Ebola ?

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Où MSF intervient-elle?

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