Abdul est désinfecteur à Bo, en Sierra Leone. Il s'assure que l'hygiéniste peut retirer sa combinaison en toute sécurité.
Abdul est désinfecteur à Bo, en Sierra Leone. Il s'assure que l'hygiéniste peut retirer sa combinaison en toute sécurité. © Vincent van der Windt/MSF

Médecins Sans Frontières (MSF) interdit strictement le port d’armes sur ses missions. Pourtant les hygiénistes du centre de traitement de l’Ebola à Bo, en Sierra Leone, sont armés contre le virus. Leur arme de choix ? Le chlore. 

Situation

Interventions de MSF

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CHIFFRES-CLES

• Plus de 3300 MSF déployés, dont 263 internationaux
• 6 centres de traitement gérés par MSF, un total de près de 600 lits
• Plus de 5200 patients pris en charge, dont 3200 cas confirmés et plus de 1200 survivants
• Plus de 1000 tonnes de matériel médical acheminées
• Budget prévu (jusqu'à fin 2014) : 51 millions d'euros

 

EN SAVOIR PLUS

► Consulter notre dossier spécial "Urgence Ebola".

► Consulter notre FAQ Ebola.

 

Blog Ebola

► Retrouvez les récits de nos équipes luttant contre Ebola

 

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► Découvrez notre fil Urgence Ebola retraçant l'histoire de l'épidémie en 2014.

« Nos hygiénistes se battent en première ligne contre Ebola, explique Daniel Baschiera, responsable EHA (Eau, Hygiène, Assainissement) pour MSF. Ils se voient aux prises avec un ennemi invisible. Grâce à leurs pulvérisateurs remplis de solution chlorée, ils protègent l’ensemble du personnel. »

Alors que font exactement les hygiénistes dans un centre de traitement Ebola ? Et pourquoi leur tâche est-elle si essentielle ? Leur chef d’équipe Alpha Koroma, âgé de 25 ans, de la ville voisine de Gondama, nous la décrit. « Notre travail dans la zone à haut risque consiste à éliminer les déchets, changer la literie, nettoyer les sols et veiller à la sécurité du personnel médical. Nous garantissons à nos patients un environnement propre, et nous nous assurons que les équipes médicales n’aient à se soucier que des aspects cliniques. »

Alpha Koroma, hygiéniste à Bo. © Daniel Baschiera/MSF

Risques et discipline

La discipline apparaît comme le maître mot.  « C’est absolument indispensable, insiste Alpha. Il faut appliquer à la lettre les règles, les procédures. C’est le seul moyen de se protéger soi-même et de protéger ceux avec qui l’on travaille. C’est la responsabilité de tous et de chacun. Les médecins comptent sur nous. Nous comptons sur les membres de l’équipe pour nous aider à enfiler et retirer notre équipement de protection individuelle, les EPI. Et enfin les patients attendent de nous que chacun ici fasse de son mieux pour les soigner. C’est notre raison d’être. Le centre de traitement permet de sauver des vies, beaucoup de vies. »

Mais Alpha ne s’inquiète-t-il jamais pour sa propre sécurité ? « Jamais. Je sais que je peux me fier à mes collègues. Même quand je suis vraiment épuisé après être resté longtemps dans la zone à haut risque, je sais que mon désinfecteur m’aidera à enlever correctement ma combinaison. Bien sûr, il y a parfois des situations à risques. Je me rappelle ce patient, Ishmaël*. Il était costaud, mais très mal en point. Il était complètement désorienté, et il s’est mis à bousculer d’autres malades. Cela aurait pu être très dangereux pour le personnel. Mais nous avons gardé notre sang-froid, et nous avons réussi à séparer Ishmaël des autres patients. Il a fini par se calmer. Et il a même été guéri peu de temps après. J’étais très heureux de l’apprendre. »

La bestiole vitriol

Garder la tête froide peut s’avérer difficile quand on est harnaché dans son EPI, notamment en présence d’un incident inattendu. Daniel nous raconte l’histoire de l’infirmière et de la mouche de Nairobi. « Cet insecte ne pique pas. Mais il provoque des cloques très douloureuses s’il est écrasé sur la peau. Voilà pourquoi on l’appelle aussi la bestiole vitriol. Une infirmière en avait une à l’intérieur de son masque alors qu’elle travaillait dans la zone à haut risque. L’insecte avait dû se cacher sous le joint d’étanchéité. Elle a paniqué, elle a aussitôt voulu retirer ses lunettes de protection. Mais l’hygiéniste qui se trouvait avec elle est intervenu : “ Non ! Ferme les yeux !”. Il l’a guidée jusqu’à la salle de déshabillage, l’a aidée à se maîtriser et, avec l’assistance du désinfecteur, il s’est assuré qu’elle ôtait son EPI en respectant le protocole. »

« Il n’y a plus de vie normale »

« Nous veillons les uns sur les autres, résume Alpha. C’est obligé. Nous devons nous occuper les uns des autres. Les temps sont durs pour la Sierra Leone. Il n’y a plus de vie normale, nous ne menons plus une existence ordinaire. Les gamins ne vont plus à l’école. Que se passera-t-il s’ils ne peuvent pas suivre les cours pendant encore un an ? Ou les deux prochaines années ? Voilà pourquoi il est si important que nous continuions à travailler. Nous n’avons pas le droit de baisser les bras. Et nous n’arrêterons pas de nous battre. Nous avons la foi, la force et le devoir de poursuivre le combat contre la maladie. »

*Les noms des patients ont été changés.

Comment est équipé un personnel de santé pour lutter contre Ebola ?

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