MSF dénonce l’inaction de la communauté internationale face à l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest. Les Etats disposant de ressources et de moyens spécialisés doivent les déployer le plus rapidement possible dans les pays affectés.

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Procédure de désinfection d'un personnel MSF après avoir travaillé dans la zone à haut risque dans le centre de prise en charge d'Ebola à Foya, au Liberia. © Martin Zinggl/MSF
Lors d’une séance exceptionnelle organisée aux Nations Unies, Médecins Sans Frontières (MSF) a dénoncé aujourd’hui l’inaction de la communauté internationale face à la pire épidémie d'Ebola de l’histoire. MSF a également appelé les pays disposant de capacités de réponse à une catastrophe d’origine biologique, et notamment de ressources médicales civiles et militaires, à les envoyer en Afrique de l'Ouest. La possibilité de limiter la propagation du virus dépend du déploiement massif de ces ressources médicales spécialisées dans les pays touchés.

Dans un discours prononcé devant les Etats membres de l'ONU, la présidente internationale de MSF, le Dr. Joanne Liu, a dénoncé le manque de ressources internationales, ce qui de fait laisse les ministères de la Santé et les ONG seuls face à une épidémie d’une ampleur sans précédent. Les équipes MSF interviennent en réponse à l'épidémie en Afrique de l'Ouest depuis le mois de mars. Malgré leurs appels à une mobilisation d’envergure sur le terrain, la réponse internationale demeure inadéquate et insuffisante.

« Six mois après son début, le monde est en train de perdre la bataille contre la pire épidémie d'Ebola de l'histoire, explique le Dr Liu. Les dirigeants mondiaux n’arrivent pas à faire face à cette menace transnationale. Le 8 août, l’OMS a déclaré que cette épidémie représente une ‘urgence de santé publique de portée mondiale’, mais ceci n'a pas donné lieu à une réponse significative. De fait, les Etats ont rallié une sorte de coalition mondiale de l’inaction ».

De nombreux pays disposent de mécanismes de réponse face à un risque biologique, et notamment d’équipes médicales civiles ou militaires qu’il serait possible de déployer en quelques jours, de manière organisée, et avec une chaîne de commandement capable d’assurer des normes élevées de sécurité et d'efficacité.

« Les promesses de financements et le déploiement de quelques experts ne peuvent pas suffire, poursuit le Dr Liu. Les gouvernements qui ont les moyens de faire face à cette situation ont la responsabilité à la fois politique et humanitaire d’offrir une réponse concrète à cette catastrophe. Au lieu de limiter leur réponse à la gestion de l’éventuelle arrivée d’un malade dans leur pays, ces pays devraient saisir l’occasion d’intervenir là où c’est nécessaire : en Afrique de l'Ouest ».

Dans l'immédiat, le nombre et la capacité des centres de traitement disposant de services d'isolement doivent augmenter, du personnel qualifié doit être déployé, davantage de laboratoires mobiles doivent être installés pour améliorer les possibilités de diagnostic, des ponts aériens doivent être établis pour transporter du personnel et du matériel vers l’Afrique de l'Ouest et dans la région, et un réseau régional de centres de traitement doit être créé pour soigner les cas suspects ou confirmés parmi le personnel médical.

A Monrovia, capitale du Liberia, par exemple, il faut davantage de centres de prise en charge d’Ebola, disposant de structures d'isolement adéquates et de personnel qualifié. La file d'attente des patients continue d'augmenter devant le centre ELWA 3, géré par MSF, qui continue pourtant d’augmenter sa capacité et dispose maintenant de 160 lits. On estime que 800 lits supplémentaires seraient nécessaires dans Monrovia seule. Les équipes MSF sont débordées et ne peuvent plus offrir que des soins palliatifs.

« Chaque jour, nous devons refuser des malades parce que notre centre est plein, décrit Stefan Liljegren, coordinateur MSF à ELWA 3. J'ai dû dire aux ambulanciers de m'appeler avant de transporter les patients, quel que soit leur état de santé, car souvent nous ne pouvons pas les accueillir ».

L’augmentation du nombre de structures d'isolement sécurisée permettrait de transférer et d'admettre les patients plus tôt, en réduisant de façon significative la mortalité. Des capacités d'isolement accrues pourraient également soulager les systèmes de santé des pays concernés, qui dans certains cas sont sur ​​le point de s'effondrer. Au moins 150 membres du personnel soignant sont morts du virus Ebola, tandis que d'autres ont trop peur de retourner au travail. En Sierra Leone, les cadavres, hautement infectieux, pourrissent dans les rues. Les gens continuent de tomber malades et de mourir dans leur village et dans leur communauté.

Des centres de triage doivent également être mis en place, les dispositifs de gestion des cadavres doivent être développés, des articles d'hygiène doivent être distribués à large échelle, et les capacités de surveillance active doivent être augmentées. Il est nécessaire de mettre en place des campagnes de désinfection ainsi que de promotion de la santé et de l'hygiène au sein des populations et dans les structures de soins.

« L’horloge tourne et le virus Ebola est en train de gagner, conclut le Dr Liu. Le temps des réunions et de la planification est fini. Il est maintenant temps d'agir. Chaque jour d'inaction entraîne plus de décès et le lent effondrement des pays touchés ».


MSF a démarré son intervention en réponse à l’épidémie d’Ebola en Afrique de l'Ouest en mars 2014 et travaille actuellement en Guinée, au Liberia, au Nigéria et en Sierra Leone. L'organisation gère cinq centres de prise en charge des cas d'Ebola, d’une capacité totale de 480 lits. Depuis mars, 2 077 cas ont été admis dans les centres MSF, dont 1 038 ont été confirmés et 241 ont pu être guéris.

MSF a déployé 156 membres personnels internationaux dans la région et emploie 1 700 personnes recrutées localement.