Une famine annoncée

Au printemps 1984, la pluie ne tombe pas dans le Nord du pays, la famine guette. Les équipes MSF tirent la sonnette d'alarme : il faut absolument apporter de la nourriture à Korem. La population passe rapidement de 8 000 à 25 .000 habitants. En août, ils sont plus de 50 à mourir chaque jour et des dizaines de milliers à attendre les distributions de nourriture. MSF réitère inlassablement ses appels désespérés à l'aide. Il faudra plusieurs mois pour que la gravité de la situation soit enfin reconnue, pour que le gouvernement lance un appel à l'aide internationale et parle de famine.

En septembre, 100 personnes meurent chaque jour à Korem. Les premiers journalistes qui peuvent enfin se rendre dans le Nord découvrent cet immense mouroir. Ce sont ces images d'enfants squelettiques qui déclencheront l'immense mouvement de solidarité pour l'Ethiopie. MSF, pour la première fois de son histoire, envoie de façon massive de la nourriture, des médicaments, des tentes, des couvertures. Ils sont presque 100 000 sur le plateau de Korem et à peine 10 000 sous des abris. Ils meurent de faim, mais aussi de froid et de maladies.

Déplacements forcés et expulsion de MSF

Pour le gouvernement éthiopien, cette famine devient une arme providentielle pour redessiner la géographie humaine du pays. A Korem, la propagande officielle incite aux départs « volontaires » vers le Sud. Certains s'en vont, les autres restent, sans imaginer l'enfer qui leur est réservé en représailles : la nourriture est désormais réservée à certains, l'aide alimentaire détournée vers le Sud. Les équipes MSF sont bloquées dans leur travail par des interdictions de tous ordres.

En août 1985, alors que les autorités viennent de refuser à MSF l'ouverture d'un centre de nutrition pour 8 000 enfants en danger de mort, l'équipe sait qu'elle n'a plus le choix. Il faut dénoncer l'inacceptable, les déportations massives de morts en sursis et les détournements de l'aide humanitaire vers le Sud. La réaction des autorités sera brutale : le 2 décembre, MSF est expulsée d'Ethiopie. La famine n'est pas éteinte, les déplacements de populations continuent. Mais MSF a déjà fait beaucoup de bruit. Les grands donateurs s'interrogent, les Américains arrêtent leur aide au pays. Les transferts auront fait au total plus de 100 000 morts.

« Sécheresse, famine, maladie, l'ampleur du désastre est à peine croyable. Peut-on seulement imaginer que plus de 1 500 Éthiopiens meurent chaque jour, faute de soins et de nourriture? Certes, la mobilisation internationale commence à porter ses fruits. Mais, pourtant, tout reste à faire. Chaque jour, notre équipe est confrontée à des situations désespérées. La sécheresse gagne du terrain, et la maladie aussi. 300 000 morts en 1984. Il n'y a pas loin de là au découragement, » Dr Antoine Crouan.

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