Dossier Rwanda, 20 ans après
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Le 6 avril 1994, l'avion du président du Rwanda est abattu à son arrivée à Kigali. Dans les jours qui suivent l'attentat, les premières tueries de Tutsis commencent. Simultanément, les leaders du Front patriotique rwandais (FPR), mouvement d'opposition organisé par les exilés tutsis, déclenchent une offensive militaire et s'emparent du pouvoir à Kigali dans les premiers jours de juillet.

« On n'arrête pas un génocide avec des médecins »

D'avril à juillet 1994, 500 000 à un million de personnes sont victimes d'une extermination systématique perpétrée par des miliciens encadrés par les Forces armées rwandaises (FAR). Au cours de cette période, un très grand nombre de Rwandais hutus, opposés aux tueries, ont été assassinés par les mêmes criminels.

Des équipes MSF assistent au massacre de membres de leur personnel local et de leurs patients. A Kigali, une équipe chirurgicale s'efforce de sauver des vies, dans l'hôpital de campagne du CICR. Le 18 mai, MSF demande publiquement aux autorités françaises, soutien du régime rwandais, d'user de leur influence pour faire cesser les massacres. Le 24 mai, MSF témoigne devant la Commission des droits de l'homme de l'ONU, dans l'espoir de contribuer à déclencher une action rapide des Etats. En vain. Le 18 juin, MSF appelle alors à une intervention armée des Nations unies, déclarant : « On n'arrête pas un génocide avec des médecins. »

Interview de Jean-Hervé Bradol sur TF1 le 16 mai 1994

 

A la même époque, autorisée par l'ONU après dix semaines de massacres, l'intervention de l'armée française - l'opération Turquoise - sauve des vies, mais facilite aussi le repli des FAR vers le Zaïre (ex-République démocratique du Congo). Les autorités administratives et politiques, dont de nombreux responsables du génocide, entraînent avec eux des centaines de milliers de Rwandais qui fuient vers les pays frontaliers. En trois jours, au rythme de quinze mille personnes toutes les heures, plus d'un million de réfugiés arrivent à Goma, au Zaïre.

Flambée de choléra dans les camps de réfugiés au Zaïre

Pendant l'été 1994, Médecins Sans Frontières se mobilise pour combattre l'épidémie de choléra qui touche les réfugiés au Zaïre. L'urgence est avant tout de fournir suffisamment d'eau potable pour éviter que la déshydratation ne tue et d'améliorer l'hygiène pour prévenir les maladies diarrhéiques. Mais les premiers cas de choléra apparaissent. Dans de telles conditions de promiscuité et de manque d'hygiène, la maladie se transmet comme une traînée de poudre. On parle bientôt de 15 000 morts en une semaine, et les ONG sont vite débordées par le nombre sans cesse croissant de victimes. Les secours s'organisent et les efforts des équipes finissent par payer : contrôle des épidémies, campagnes de vaccination, approvisionnement en eau et en nourriture, mise en place de dispensaires.

Le retrait des camps

Mais très rapidement, l'épidémie contrôlée, les volontaires se trouvent confrontés à l'emprise brutale des leaders sur la population des camps, dont certains sont transformés en base arrière pour la reconquête du Rwanda via les détournements massifs de l'aide, la violence, les recrutements forcés, la propagande et les menaces contre les candidats au rapatriement.

En novembre 1994, consciente que l'aide humanitaire est détournée et contribue à renforcer le pouvoir des responsables du génocide et leur contrôle sur la population des réfugiés, MSF décide de se retirer des camps.

20 ans, après MSF révèle ses débats internes

Vingt ans après le génocide au Rwanda, Médecins Sans Frontières publie pour la première fois le détail de ses débats internes sur le site speakingout.msf.org. L’étude de cas « Génocide des Rwandais Tutsis 1994 » relate la réaction de MSF face à l'extermination systématique des Rwandais Tutsis entre avril et juillet 1994.

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