Prise quotidienne de médicaments pour ce patient atteint de tuberculose multirésistante, Zougdidi (Géorgie), février 2008
© Julie Damond/MSF

A Zougdidi, en Géorgie, neuf patients atteints de la forme résistante de tuberculose ont terminé leur traitement après deux ans de prise quotidienne de médicaments. Jocelyne Madrilène, chef de mission, explique en quoi ces guérisons sont motivantes, pour les patients et pour l'ensemble du personnel médical.

A Zougdidi, en Géorgie, neuf patients atteints de la forme résistante de tuberculose ont terminé leur traitement après deux ans de prise quotidienne de médicaments. Jocelyne Madrilène, chef de mission, explique en quoi ces guérisons sont motivantes, pour les patients et pour l'ensemble du personnel médical.

Depuis plus de deux ans, dans la région du Samagrelo en Géorgie, MSF soigne des malades atteints de tuberculose résistante.

Lorsque ce projet a été ouvert en novembre 2006, MSF était la seule organisation médicale à fournir un traitement à ces personnes en Géorgie.

Depuis, le ministère de la Santé a ouvert deux autres programmes pour soigner les personnes atteintes de forme résistante de tuberculose.

Neuf patients en fin de traitement. Parmi les nombreux aspects contraignants liés au traitement de cette maladie, il en est un particulièrement difficile : sa durée.Un patient reste en moyenne près de deux ans sous traitement.

En juillet 2008, après 20 mois de prise quotidienne de médicaments, le premier patient est arrivé au terme de son traitement.

S'il ne peut toujours pas être officiellement déclaré guéri en raison des risques de rechute, l'arrêt de la prise de médicaments est un événement.

 

 

« Ce patient, un jeune homme, est arrivé un matin, explique Jocelyne Madrilène, chef de mission en Géorgie. Lorsqu'on lui a appris qu'il allait arriver au terme de son traitement et que, à l'avenir, ses rendez-vous n'auraient lieu que tous les deux mois pour le suivi médical, il ne nous a pas cru. Il est arrivé le lendemain matin en nous disant qu'on devait s'être trompés, qu'il était encore malade...Après deux ans de prise quotidienne de médicaments, les patients ont du mal à réaliser que leur traitement est terminé.»

Officiellement, un patient peut être déclaré guéri deux ans après la fin du traitement.

Au total, neuf patients ont terminé leur traitement en ce début janvier 2009. « Ces premières guérisons sont un élément très motivant pour les 93 patients actuellement en cours de traitement, mais aussi pour l'ensemble du personnel médical. Les médecins, infirmiers et tout le personnel soignant se battent tous les jours pour que les patients aient la force de continuer le traitement », poursuit Jocelyne Madrilène.
Les deux premiers patients guéris habitent à Zougdidi, ils viennent souvent à l'hôpital rendre visite aux patients. Ils leur expliquent qu'il faut continuer de se battre contre la maladie
Jocelyne Madrilène

« Les deux premiers patients guéris habitent à Zougdidi, ils viennent donc encore souvent à l'hôpital rendre visite aux patients hospitalisés. Ils leur expliquent leur parcours, et qu'il faut continuer de se battre contre la maladie. »

A Zougdidi, 153 patients ont été admis dans le programme au cours des deux dernières années. Depuis, 14 patients sont décédés, ce qui représente environ 10 % de l'ensemble des patients.
Ce taux de décès est beaucoup plus bas que celui de nombreux autres programmes de lutte contre la tuberculose résistante.

En effet, on constate souvent que près de la moitié des patients qui débutent un traitement l'interrompent avant terme. La tuberculose, dans sa forme résistante, reste une maladie mortelle, particulièrement difficile à soigner, notamment en raison d'un manque criant de tests diagnostics rapides et adaptés, ainsi que de traitements efficaces.

L'appui socio-économique, élément essentiel de la bonne adhérence des patients à leur traitement. Un des éléments essentiels de la bonne adhérence des patients au traitement est l'appui socio-économique fourni par MSF et le plan de lutte contre la tuberculose géorgien.

Souvent isolés et ne pouvant plus travailler, les patients ont besoin d'être soutenus quotidiennement : bois de chauffe et vêtements pour l'hiver, bons alimentaires, frais de transports...
« 30% des nos patients vivent en-dessous du seuil de pauvreté. Si nous ne les aidions pas, ils ne pourraient pas suivre correctement leur traitement, et certains d'entre eux préféreraient sans doute abandonner », conclut Jocelyne Madrilène.

Lorsque les patients peuvent rentrer chez eux et poursuivre leur traitement en ambulatoire, MSF prend en charge la réhabilitation de leur domicile pour éliminer les risques de transmission de la maladie à leur entourage.
L'ensemble de ces mesures, avec un suivi rapproché de chaque patient, sont des éléments indispensables pour éviter les interruptions de traitements ou les abandons.

En août 2008, le conflit qui a éclaté entre la Géorgie et la Russie a suscité de vives inquiétudes pour le suivi du traitement des patients. Cependant, si la région de Zougdidi a été touchée par les bombardements, les deux-tiers des patients ont continué à prendre quotidiennement leur traitement, et pour certains, à se rendre au point ambulatoire le plus proche de chez eux.

Le programme de Zougdidi connaît un rythme d'admissions important : 6 à 7 patients en moyenne, chaque mois, au cours de l'année 2008. Cette tendance devrait être confirmée dans les prochains mois. Et d'ici à la fin mars, une dizaine de nouveaux patients devraient arriver au terme de leur traitement.