Programme MSF de traitement du sida à Chiradzulu, Malawi, avril 2009.
© Isabelle Merny/ MSF

MSF appelle les laboratoires pharmaceutiques à mettre leurs brevets en commun et prendre ainsi des mesures efficaces pour permettre l'accès à des médicaments essentiels à destination des personnes infectées par le VIH dans les pays en développement.

Dossier spécial accès aux médicaments essentiels

Pour plus d'informations sur les difficultés concernant l'accès aux médicaments essentiels, consultez notre dossier spécial "Menace sur l'accès aux médicaments essentiels"

New-York, Londres, Paris le 30 septembre 2009 - Médecins Sans Frontières (MSF) appelle neuf des plus grandes compagnies pharmaceutiques mondiales à accélérer la mise à disposition de nouveaux traitements pour des millions de personnes vivant avec le VIH/sida, en mettant en commun dans un « pool » leurs brevets sur des médicaments essentiels à la lutte contre la maladie.

Une « communauté de brevets » (patent pool) est un mécanisme qui permet de mettre en commun des brevets détenus par différentes parties pour les rendre accessibles à d'autres, afin de les produire ou les développer.

Les détenteurs de brevets percevraient alors des royalties de la part de ceux qui les utilisent. Ce mécanisme a ainsi permis de favoriser l'innovation dans des secteurs tels que l'aéronautique et les télécommunications.

« L'idée est simple - les compagnies partagent leurs connaissances en échange d'une juste rétribution sous forme de royalties », explique Michelle Childs, directrice à la Campagne d'accès aux médicaments essentiels de MSF (CAME).

« Ce mécanisme pourrait ainsi permettre de modifier l'approche des compagnies en ouvrant l'accès aux médicaments anti-VIH/sida et en encourageant l'innovation.»

UNITAID, une initiative internationale d'achats de médicaments, met actuellement en place une communauté de brevets pour les médicaments anti-VIH/sida. Son succès dépendra de la volonté des détenteurs de brevets de participer à cette initiative, en acceptant d'inclure leurs brevets dans le « pool ».

« La participation est volontaire. Les compagnies ont donc le choix, et aujourd'hui c'est ce choix que nous leur demandons de faire, » ajoute Michelle Childs.

« Pour les compagnies pharmaceutiques, c'est le moment de montrer qu'elles souhaitent réellement s'engager à prendre des mesures efficaces pour permettre l'accès à des médicaments essentiels pour les personnes infectées dans les pays en développement. Certains laboratoires ont déjà exprimé leur intérêt, mais nous attendons qu'ils aillent plus loin, et qu'ils mettent dès à présent en commun les brevets indispensables. »

Pour les personnes vivant avec le sida, l'impact serait considérable. Le système d'une « communauté de brevets » pourrait accélérer la mise sur le marché de versions de médicaments récentes et moins coûteuses.

La production de génériques pourrait en effet débuter avant l'expiration des 20 années de durée légale du brevet. Actuellement, les dispositions sur les brevets empêchent l'innovation, notamment pour les traitements pédiatriques ou encore la mise au point de nouvelles combinaisons à dose fixe.

« Cette possibilité arrive à un moment crucial », déclare Eric Goemaere, coordinateur médical pour MSF en Afrique du Sud. « De nombreux patients soignés dans nos programmes ont développé des résistances au traitement et doivent maintenant recevoir de nouveaux médicaments, plus efficaces. »

MSF lance une campagne de mailing afin d'appeler les laboratoires Abbott, Boehringer Ingelheim, Bristol-Myers Squibb, Johnson & Johnson, Gilead Sciences, GlaxoSmithKline, Merck & Co, Pfizer et Sequoia Pharmaceutiques à mettre en commun dans le « pool » des brevets sur les médicaments anti-VIH/sida.

La plupart des médicaments identifiés par MSF comme étant essentiels à la lutte contre le VIH/Sida sont recommandés par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour être utilisés dans les pays en développement.

Actuellement, MSF traite quelque 140 000 patients atteints du VIH/ sida dans 30 pays à travers le monde.