Sierra Leone, juillet 2014
Sierra Leone, juillet 2014 © Sylvain Cherkaoui/Cosmos

Alors que l’épidémie d’Ebola continue de s’étendre (plus de 1 093 cas et 660 décès à ce jour en Afrique de l’Ouest), MSF renforce sa réponse dans les zones les plus touchées. Si le nombre de cas a sensiblement diminué en Guinée, le virus se propage de plus en plus en Sierra Leone et au Liberia voisins. Les ressources humaines de MSF sont déjà très sollicitées et les autorités sanitaires, ainsi que les organisations internationales ont le plus grand mal à endiguer l’épidémie. 

SIERRA LEONE

Avec 454 cas recensés à ce jour, la Sierra Leone est le nouvel épicentre de l’épidémie. Avec 22 expatriés et 250 sierra-léonais, MSF s’emploie à renforcer rapidement son intervention. À Kailahun, à l’est du pays, l’équipe gère un centre de traitement de l’Ebola (64 lits). Depuis son ouverture, le 25 juin dernier, 126 cas suspects, probables et confirmés, ont été admis pour être traités.  12 patients ont déjà guéri et pu rentrer chez eux. Un psychologue MSF offre un soutien et des conseils aux patients et à leurs familles, ainsi qu’aux membres du personnel MSF.    

MSF soutient également le ministère de la Santé dans deux centres de référence situés dans les villages de Koindu et de Buedu, district de Kailahun. Les habitants de ces villages présentant les symptômes de la fièvre Ebola sont isolés et placés en observation avant leur transfert, en ambulance, dans le centre de MSF de Kailahun. 

Au cours des trois dernières semaines, MSF a aussi formé plus de 200 agents de Santé communautaires chargés de délivrer des messages essentiels d’éducation à la Santé dans les villages ; l’idée étant d’apprendre aux habitants à se protéger contre le virus et de les informer des mesures à prendre lorsqu’une personne présente des signes ou des symptômes de la maladie.  

MSF concentrera à présent ses efforts sur la lutte contre la propagation de l’épidémie dans la zone frontalière entre la Sierra Leone, la Guinée et le Liberia où les populations sont très mobiles et donc susceptibles de véhiculer la maladie dans d’autres villages. L’équipe renforcera ses activités de promotion de la Santé dans les villages de la région, ainsi que le système d’alerte, afin que les nouveaux cas suspects puissent être rapidement identifiés et transférés pour être soignés à Kailahun.

LIBERIA

La situation se détériore rapidement au Liberia. Des cas sont à présent confirmés dans 7comtés, y compris à Monrovia, la capitale. La réponse est insuffisante et des efforts doivent être faits de toute urgence afin de renforcer la lutte contre l’épidémie, notamment en ce qui concerne la recherche des contacts, le contrôle des infections lors des funérailles et la mise en place d’un système d’alerte.  

Malgré ses ressources limitées, MSF parvient à apporter un soutien technique au ministère de la Santé. Nous avons ouvert un centre de traitement à Foya, dans le comté de Lofa, au nord du pays, où depuis la fin mai, le nombre de cas ne cesse d’augmenter. Une fois le centre mis en place, MSF en a passé la gestion à l’organisation non gouvernementale Samaritan’s Purse le 8 juillet dernier. 6 patients y sont actuellement traités et les experts MSF continuent d’apporter leur soutien technique au personnel et à assurer leur formation. MSF va désormais réorienter son action sur Voinjama, toujours dans le comté de Lofa, où selon des témoignages, des malades décèderaient avant même d’avoir pu rejoindre des centres de Santé. L’équipe MSF ouvrira une unité de référence où les cas suspects seront isolés avant d’être transférés vers le centre de traitement de Foya.   

À Monrovia, une équipe d’urgence MSF (un coordinateur de projet, un médecin, deux épidémiologistes et deux spécialistes en eau et hygiène) – monte actuellement un nouvel hôpital sous tente d’une capacité de 40 à 60 lits. Le centre, dont l’ouverture est prévue le 27 juillet, sera également géré par Samaritan’s Purse. MSF avait déjà aménagé une unité d’hospitalisation de 15 lits au sein de l’hôpital JFK de Monrovia et confié sa gestion au ministère de la Santé en avril dernier. Depuis, cette unité a été fermée et tous les patients sont actuellement pris en charge à l’hôpital  ELWA, à Paynesville, dans l’attente de l’ouverture du nouveau centre. L’équipe aide également les autorités sanitaires à coordonner l’ensemble de la riposte et leur propose des conseils techniques et médicaux. 

GUINÉE

En Guinée, la situation s’est stabilisée dans certaines régions. MSF a ainsi pu fermer son centre de traitement de Telimélé, dans l’ouest du pays, où aucun nouveau cas n’a été signalé depuis 21 jours. En 7 semaines, 21 malades ont été admis dans le centre avec un taux de guérison de 75 %.  Sans prise en charge, pas plus de 10 % de patients n’auraient survécu.  

À Conakry, la capitale, au vu de la diminution là aussi du nombre de nouveaux cas, MSF réduit ses activités. Le centre de traitement de Donka ne compte plus qu’un seul patient en cours de rétablissement et qui devrait pouvoir quitter l’hôpital d’ici la semaine prochaine. MSF envisage de confier la gestion du centre au ministère de la Santé d’ici la fin du mois de juillet. Sur les 59 patients (cas confirmés) admis au centre depuis le  25 mars, 63% ont été guéris et ont pu rentrer chez eux.  Toutefois, les patients guéris restent stigmatisés au sein de leur communauté ; certains membres du personnel guinéen de MSF préfèrent taire l’endroit où ils travaillent, par crainte d’être rejetés par leur famille.    

À Guéckédou, au sud-est du pays – épicentre initial de l’épidémie – le nombre de patients pris en charge dans le centre MSF a considérablement diminué. Deux patients attendent encore de pouvoir sortir.  Il ne s’agit probablement pas d’un signe indiquant la fin de l’épidémie ; les malades se cachent probablement au lieu de venir se faire soigner.  La fièvre Ebola demeure un sujet de crainte majeure pour les communautés locales et les équipes MSF n’ont pas pu se rendre dans quatre villages en raison de l’hostilité des habitants. MSF travaille en coopération avec les autorités locales et les représentants des communautés afin de pouvoir accéder, sans danger, à ces zones et de déterminer avec certitude si des patients sont encore infectés par le virus et si des décès ont eu lieu.  Depuis le début de l’épidémie, MSF a pris en charge 150 patients dans le centre de traitement de Guéckédou. Le taux de guérison constaté est inférieur à celui observé à Telimélé ou Conakry car les malades tardent à venir se faire soigner.