Éclairage

Combattre les inégalités d'accès aux soins

De nombreuses personnes atteintes de maladies négligées ou habitants dans des pays pauvres n’ont pas accès à des outils diagnostiques, des vaccins ou des traitements efficaces. En cause notamment, le faible intérêt des laboratoires pharmaceutiques pour ces pathologies et le coût prohibitif de certains médicaments.

09/04/2018
© Sandra Smiley/MSF

SITUATION - Les 4 clés pour comprendre

1.

1 Contexte

Dans les années 90, Médecins Sans Frontières fait un constat amer : ses équipes ne parviennent pas ou plus à traiter certains de leurs patients atteints par des maladies infectieuses, alors que dans les pays développés, de remarquables progrès sont enregistrés dans le domaine de la santé. La production de certains médicaments est abandonnée, car jugée non rentable par les entreprises pharmaceutiques, d’autres ont perdu leur pouvoir thérapeutique et sont devenus obsolètes, des protocoles trop contraignants favorisent l’apparition de résistances et des antibiotiques efficaces demeurent financièrement inaccessibles. Certaines maladies, comme celles du sommeil, sont alors dans l’impasse, les pays de l’Afrique sub-saharienne, notamment, sont maintenus en dehors de la révolution thérapeutique que constitue les antirétroviraux dans le traitement du VIH/Sida, et les prix de certains vaccins sont beaucoup trop chers ou inadaptés pour les pays du Sud.

 

En 1999, Médecins Sans Frontières lance la Campagne d’accès aux médicaments essentiels (CAME). Ses missions s'articulent autour de trois axes : surmonter les obstacles à l'accès aux médicaments essentiels, stimuler la recherche et le développement pour les maladies négligées et promouvoir des exceptions sanitaires aux accords du commerce mondial. Puis, en 2003, MSF s’associe à plusieurs instituts de recherche, dont l’Institut Pasteur, pour créer le DNDi (Drugs for Neglected Diseases initiative), un organisme de recherche et de développement à but non lucratif, engagé dans la recherche et le développement de traitements nouveaux contre les maladies négligées.

2.

2 Sur le terrain

Campagne de vaccination « multi-antigènes », Bangassou, République Centrafricaine, octobre 2016

Des flacons de PCV13, un vaccin qui protège les enfants contre la pneumonie et la méningite. Bangassou, République Centrafricaine, octobre 2016.

©Sandra Smiley/MSF

3.

3 Décryptage

© MSF septembre 2015

En avril 2015, Médecins Sans Frontières a lancé la campagne « A Fair Shot », pour appeler les laboratoires GlaxoSmithKline (GSK) et Pfizer, à notamment baisser le prix du vaccin contre le pneumocoque.

4.

4 Les repères chronologiques

1999

Remise du prix Nobel de la paix à MSF, dont la dotation sert à financer la création de la Campagne d’accès aux médicaments essentiels.

1999

Création de la Campagnes d’accès aux médicaments essentiels (CAME) par MSF.

2000

Premiers patients de MSF mis sous trithérapie en Thaïlande après une intense mobilisation pour la création de traitements antirétroviraux sous forme générique.

2003

Création de DNDi (Drugs for Neglected Diseases initiative) par MSF et plusieurs instituts de recherche.

2006

Lancement de la campagne Novartis - Drop the case par MSF, pour que le laboratoire abandonne son action en justice contre le gouvernement indien.

2009

Campagne Starved For Attention, appelant à réformer la qualité de l’aide alimentaire.

2015

Lancement de la campagne A Fair Shot par MSF pour demander aux laboratoires Pfizer et GlaxoSmithKline (GSK) une baisse du prix du vaccin contre les pneumocoques.

2015

Lancement du partenariat endTB. MSF et d’autres acteurs s’emploient à accélérer l’accès à deux nouveaux médicaments antituberculeux.

2017

Dépôt d'un dossier d'opposition au brevet sur le sofosbuvir, médicament efficace contre l'hépatite C, afin d’améliorer l’accès à des traitements abordables contre la maladie.

Situation - L’éclairage

Des médicaments protégés

Dans de nombreux cas, des prix prohibitifs sont un obstacle à l’accès aux traitements ou aux vaccins. Les médicaments sont généralement protégés par un brevet, accordé pour 20 ans au laboratoire pharmaceutique. En l’absence de concurrence et en position de monopole, ces laboratoires peuvent maintenir des prix très hauts, qui peuvent rendre les médicaments inaccessibles dans certains pays.


De plus, certaines firmes pharmaceutiques utilisent des techniques pour prolonger leur brevet, comme l’evergreening, qui consiste à modifier très légèrement leur médicament pour obtenir un nouveau brevet, empêchant ainsi les populations des pays en développement d’y avoir accès.

© MSF juillet 2015

Dans cette lutte pour l’accès aux médicaments essentiels, l’Inde joue un rôle particulier. Ce pays n’accordait pas de brevets aux médicaments jusqu’en 2005 et possède une importante capacité industrielle de production, qui lui permet de fabriquer à grande échelle des médicaments génériques abordables et de qualité. Aujourd’hui, l’Inde est obligée de se conformer à l’obligation internationale faite aux membres de l’Organisation mondiale du commerce d’octroyer des brevets sur les produits pharmaceutiques.

Même si sa législation reste extrêmement restrictive quant à l’attribution de brevets, l’Inde subit de nombreuses pressions qui menacent la capacité de ses industries à produire des médicaments génériques. Ces enjeux sont cruciaux. Dans le cas du VIH/Sida, par exemple, 80 % des médicaments utilisés pour les quelque 200 000 patients séropositifs de Médecins Sans Frontières sont des génériques produits dans ce pays.

« Aujourd'hui, nous sommes confrontés à une injustice croissante : plus de 90 % des décès dus aux maladies infectieuses surviennent dans les pays en développement. Des patients atteints du Sida, de la tuberculose, de la maladie du sommeil... meurent parce qu'ils n'ont pas accès aux médicaments essentiels qui pourraient les sauver. Ces traitements ne sont pas disponibles soit parce qu'ils sont trop chers, soit parce que leur production a été arrêtée car elle n'était pas rentable, soit enfin parce que la recherche et le développement de nouveaux traitements sont au point mort. [...] Ce que nous demandons en tant que membres de la société civile, ce sont des changements et non des gestes de charité. »

James Orbinski, président international de MSF, lors de la remise du Prix nobel de la paix en 1999

© Patrick Robert

Des maladies négligées

Maladie de Chagas, ulcère de Buruli, maladie du sommeil, leishmaniose viscérale, paludisme... Si ces maladies tropicales sont pour certaines largement méconnues du grand public, elles touchent pourtant chaque année des millions de personnes.

Certaines d’entre elles sont mortelles, d’autres provoquent des lésions graves, elles concernent majoritairement les pays en voie de développement, et sont globalement délaissées par la recherche médicale et les industries pharmaceutiques.

© MSF juillet 2016

La maladie de Chagas

Entre 1975 et 2000, sur 1 400 médicaments considérés comme innovants, seuls 13 d’entre eux, soit environ 1 %, étaient consacrés aux maladies tropicales. Et entre 2000 et 2011, 4 % seulement des médicaments enregistrés étaient destinées à lutter contre le paludisme, la tuberculose et les autres maladies négligées.

© MSF juin 2013

Notre intervention

Médecins Sans Frontières offre une prise en charge aux personnes affectées par la maladie de Chagas en Bolivie.

Médecins Sans Frontières offre une prise en charge aux personnes affectées par la leishmaniose en Inde. Les équipes de Médecins Sans Frontières travaillent dans l’État de Bihar, dans le nord-est du pays.

L'historique du sujet