Hôpital MSF à Taiz, en décembre 2015.
Hôpital MSF à Taiz, en décembre 2015. © MSF

Arunn Jegan, coordinateur de projet australien, travaille avec MSF depuis 2016. Il vient de débuter une mission à Taïz, la troisième ville du Yémen. Situé dans le sud-ouest du pays, le gouvernorat éponyme a connu les combats les plus intenses depuis l’escalade du conflit en mars 2015. La population civile de Taïz est prise en tenaille entre les lignes de front.

« Je viens d’arriver à Taïz, où nous soutenons de nombreux hôpitaux, des deux côtés des lignes de front. Malgré les nombreux articles parus dans la presse sur les conditions humanitaires déplorables au Yémen, ce n’est que durant ma première semaine ici que je me suis rendu compte des difficultés que rencontre la population au jour le jour et à quel point la situation était désespérée.

Le 24 janvier, les violences se sont intensifiées tout autour de la ville. En trois jours, nous avons soigné plus de 117 blessés de guerre. Nos salles d’urgence et blocs opératoires se sont retrouvés submergés, recevant environ 70 patients par jour. Nous avons pris en charge des blessés par balles, mines et éclats d’obus ; je me suis retrouvé face à des situations particulièrement choquantes. Le personnel de l’hôpital a travaillé sans relâche, certains presque sans jamais dormir, pour tenter de stabiliser les blessés. Certains s’en sont remis, d’autres non, il était très difficile d’assister aux scènes de désespoir. Le nombre de demandes de dons du sang et de sacs mortuaires formulées par l’hôpital m’ont fait prendre conscience de cette tragédie.

Une mère de cinq enfants nous a raconté que son fils cadet âgé de seize ans avait été blessé par un éclat d’obus en jouant au football. Elle a dû vendre ses bijoux pour payer les transports jusqu’à l’hôpital - bijoux qu’elle avait mis de côté pour assurer l’avenir de ses enfants, et non pour les sauver. Heureusement, son fils a pu être amené dans notre structure de santé et stabilisé.

Au Yémen, les combats sont incessants depuis l’escalade du conflit en 2015. Bien que la population craigne de sortir de chez elle, notre personnel, engagé à soigner les blessés, continue de se rendre au travail avec détermination. Je suis très fier de travailler avec eux.

J’entends le bruit incessant des coups de feu et des tirs d’obus sur les lignes de front (très proches de nos structures médicales), ce qui renforce d’autant plus la pression sur notre personnel, tant mentalement que physiquement. En moyenne la dernière semaine de janvier, nous avons entendu environ cinq explosions par minute.

Je m’inquiète des besoins croissants en soins médicaux ainsi que de la sécurité de notre personnel médical et de l’ensemble des structures de santé. Nos services médicaux sont ouverts à tous les blessés. À l’heure actuelle, Taïz est l’une des zones de combat les plus intenses du pays et les besoins y sont particulièrement criants. »

Depuis deux ans, MSF est présente à Taïz des deux côtés des lignes de front et reste l’une des seules organisations médicales dans la région.