Comme Victorine, cette femme déplacée se tient devant son abri, dans le camp de Bulengo
Comme Victorine, cette femme déplacée se tient devant son abri, dans le camp de Bulengo © Amandine Colin/MSF

Entre le 20 et le 23 mai, des affrontements ont eu lieu au nord et à l’ouest de Goma, sur deux des axes principaux qui permettent de rejoindre la ville. A la suite de ces affrontements à l’arme lourde opposant les Forces Armées de la République démocratique du Congo (FARDC) aux rebelles du M23, Victorine, mère de quatre enfants, s’est réfugiée dans le site d’accueil du Stade de Sotraki près de Goma. Elle a transporté ses deux enfants souffrant de diarrhée et de malnutrition à la clinique mobile de Médecins Sans Frontières. Depuis le 26 mai, MSF prodigue des soins de santé primaire à plus de 5 000 déplacés qui se sont retranchés dans le stade.

Victorine est adossée à la clôture qui encadre la tente où Médecins Sans Frontières a installé sa clinique mobile. Assise par terre, dans la poussière, la jeune femme discute avec quelques amies, originaires, comme elles, du village de Kibati au nord de Goma, en République démocratique du Congo. Très mince, elle est vêtue d’un tee-shirt noir et d’une jupe, sales et délavés. A 24 ans, elle surveille d’un œil discret ses quatre enfants, âgés de 2 à 10 ans. La jeune femme s’est mariée très jeune, elle avait à peine 13 ans. Son mari l’a emmenée loin de son Rutshuru natal pour les environs de Goma. Elle y a mené une vie simple, passée entre les champs et la maison, où elle s’occupait de ses enfants. Cela fait des années que Victorine cultive le soja et les haricots. De quoi assurer une vie décente à ses enfants.

Depuis 24 heures, elle est assise par terre, au même endroit. Les déplacés viennent tout juste d’arriver au stade de Goma, après avoir erré pendant plusieurs jours, ou trouvé refuge dans des écoles ou des églises. Victorine a passé 5 jours dans une école après avoir fui son village. Les balles sifflaient, les bombes se sont abattues sur des maisons, détruisant tout sur leur passage. Un voisin est décédé, touché par une balle perdue. « On a entendu les bombardements, on a pris peur ». La famille s’est décidée à fuir, pour la troisième fois depuis 2008. La dernière fois, c’était lors de l’attaque de Goma par le M23, en novembre 2012. Victorine et ses enfants ont dû fuir pendant deux semaines. C’est pendant ces événements que son mari a été tué. A 24 ans, Victorine est une jeune veuve dont les chances de remariage sont minces. Qui voudrait d’une femme avec quatre jeunes enfants ? « Un mari potentiel n’aimerait pas mes enfants », confie-t-elle avec un sourire las.

En novembre, la famille a passé deux semaines dans une école, le temps que la tension retombe dans la petite commune de Kibati. Cette fois-ci, elle ne sait pas. Elle attend. Mais son village étant sur la ligne de front, elle se prépare à de longues semaines d’errance dans des conditions précaires. Depuis plusieurs mois, la tension est palpable à Kibati. « La vie est dangereuse, il y a de la souffrance, soupire Victorine. Quand on veut aller travailler dans les champs, il y a des rebelles qui tracassent la population ». Menaces, rackets et viols sont devenus le quotidien des habitants de ce village.

En attendant, l’inquiétude principale de Victorine reste de trouver à manger pour ses enfants. « Si j’ai de l’argent, je peux acheter à manger au marché », affirme-t-elle. Malheureusement, elle a fui en n’emportant avec elle que quelques vêtements. Hier, deux de ses enfants ont été reçus au dispensaire de Médecins Sans Frontières. Les deux souffrent de diarrhée, probablement à cause des conditions de vie de ces dernières semaines : nourriture insuffisante, latrines inexistantes, eau de mauvaise qualité... Cette dernière nuit, Victorine l’a passée à la belle étoile. « Ici même », indique-t-elle en pointant le carré de poussière où elle s’est installée avec sa famille. La jeune femme s’inquiète également de l’état de ses champs, sa maison, qui auront peut-être été pillés ou touchés par de nouveaux bombardements. En attendant, Victorine tente de survivre et de protéger ses enfants.

Plus de 100 000 déplacés sont actuellement hébergés dans plusieurs camps de déplacés de la région de Goma, la capitale du Nord-Kivu. Médecins Sans Frontières est active dans 2 de ces camps : Bulengo et Mugunga 3. Les équipes se concentrent surtout sur les soins de santé primaire, la vaccination, la prise en charge des violences sexuelles et la prévention des épidémies de maladies contagieuses, comme la rougeole et le choléra.