"Je n'ai jamais vu ça. Nous avons déjà eu des inondations, mais jamais de cette ampleur" témoigne Kazembe, réfugiée à l'école de M’bawa - janvier 2015
"Je n'ai jamais vu ça. Nous avons déjà eu des inondations, mais jamais de cette ampleur" témoigne Kazembe, réfugiée à l'école de M’bawa - janvier 2015  © Wilfred Masebo/MSF

Julien Lefèvre est coordinateur de terrain adjoint pour MSF à Nsanje, au Malawi. Il revient d’une mission de reconnaissance en hélicoptère dans le sud du pays, une région très touchée par des inondations. Il a également évalué la douzaine de centres d’évacuation qui ont été établis dans le district.

Tu as survolé la région. À quoi ressemble-t-elle ?

"Les vastes plaines sont devenues un véritable lac, et, maintenant que l’eau a commencé à se retirer, quelques îles apparaissent çà et là. Mais le plus choquant, c’est de voir des personnes coincées au milieu de nulle part, certaines pataugeant dans l’eau, d’autres se déplaçant en canoë, faisant tout ce qu’elles peuvent pour atteindre un endroit plus élevé et plus au sec.

Tu reviens de Makhanga, un village qui est toujours coupé du reste du pays. Quelle est la situation là-bas ?

Actuellement, Makhanga est une île dont les 5 000 occupants sont totalement isolés. La plupart de ces personnes ont fui les villages ou hameaux voisins après les inondations et Makhanga est le seul endroit où ils ont pu trouver refuge. Un millier de personnes environ occupe l’école primaire du village, qui a été transformée en campement improvisé pour les personnes déplacées. Il paraît que deux des cinq puits à proximité permettent toujours de s’approvisionner en eau claire. Mais la nourriture se fait rare et, comme le centre médical a été inondé, il n’y a pas du tout de services médicaux.

De quoi ces populations ont-elles le plus besoin actuellement ?

De nourriture. Beaucoup de personnes ont très peu, voire aucun, moyen de se procurer de la nourriture. J’ai vu un vieil homme qui marchait au bord de la route, au bord de l’épuisement. Avec 15 autres personnes, il avait marché longtemps dans l’espoir de trouver quelque chose à manger. Les gens ont vraiment tout perdu et cherchent juste un endroit où dormir et de la nourriture.

Nous sommes également très préoccupés par le risque élevé de paludisme. Nous avons déjà détecté quelques cas chez de jeunes enfants et, l’eau étant partout, le terrain de reproduction des moustiques s’est étendu. Nous prévoyons que le nombre de cas atteindra un pic la semaine prochaine. Comme les gens ont tout perdu, l’une de nos plus grandes priorités est de distribuer des moustiquaires".

MSF est présente au Malawi depuis 1986 où elle gère trois projets réguliers bénéficiant aux personnes atteintes du VIH/sida, dont un à Nsanje. En 2011, 2012 et 2013, MSF avait déjà répondu en urgence à des inondations au Malawi. Actuellement, MSF concentre son intervention au Malawi sur les zones de Nsanje et d’East Bank, où MSF est actuellement le seul acteur humanitaire présent. Du fait du mauvais état des routes, de forts courants et de la présence de débris flottants empêchant la circulation de bateaux motorisés, l'accès à ces zones reste difficile et limité en raison de très mauvaises routes, de forts courants et des débris flottants qui empêchent l'accès par bateaux motorisés.

Depuis dix jours, au moins 20 000 personnes vivent avec très peu - voire pas - de nourriture, d'eau potable ni soins médicaux. Depuis le 20 janvier, MSF a établi une présence continue à Trinity et à Makhanga. Trois équipes y distribuent des moustiquaires et des kits d'eau potable, construisent de latrines, nettoient les puits et surveillent la possible émergence de maladies hydriques et du paludisme. Du fait du manque d’eau potable et parce que le paludisme est endémique dans ces zones et risque de flamber au moment où l’eau se retirera et que les moustiques proliféreront, les risques sont réels. Quatre autres « îles » (bouts de terres légèrement plus élevés où des gens ont trouvé refuge) sont encore inaccessibles. Nous cherchons les moyens d’y envoyer des dispensaires mobiles. D’autres équipes assurent des soins médicaux dans les zones les plus touchées, situées sur le côté ouest de la rivière, plus faciles d’accès.

Entre le 8 et le 20 janvier, 130 consultations médicales ont été dispensées dès la première journée de présence MSF à Makhanga, un village coupé du reste du pays où 5 000 personnes sont réfugiées. A Nchalo, nos équipes assurent là aussi 130 consultations par jour, surtout pour des femmes et des enfants. 1 300 kits de traitement de l’eau fournissant, chacun, 240 litres d’eau potable, ont été distribués ; de quoi approvisionner une famille de six personnes pendant trois semaines. 8 000 personnes ont bénéficié de distributions de moustiquaires. Des biens non alimentaires et du matériel pour le traitement de l’eau ont été aussi distribués à 160 familles vivant dans cinq camps du district de Mangochi. 40 personnels, expatriés et malawites, ont été déployés sur les zones touchées. Du renfort matériel et en ressources humaines supplémentaires vont être envoyé de nos projets basés en Afrique du sud, au Zimbabwe et au Mozambique. Le 22 janvier, des évaluations seront menées dans le district de Phalombe.