Face à la multiplication des restrictions imposées par les autorités soudanaises, Médecins Sans Frontières se voit contrainte de suspendre la plupart de ses activités médicales dans la zone de conflit du Jebel Si dans l'État du Nord-Darfour, au Soudan. Médecins Sans Frontières est le seul pourvoyeur de soins dans la région.

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Kaguro, dans le Jebel Si, au Nord Darfour - Mai 2012 © Asia Kambal/MSF
« La suspension de nos activités dans la région du Jebel Si prive plus de 100 000 habitants de soins de santé », déplore Alberto Cristina, qui dirige les interventions de Médecins Sans Frontières dans cette région du Soudan.

L'an passé, les activités de Médecins Sans Frontières se sont heurtées à des obstacles de plus en plus nombreux. Depuis septembre 2011, plus aucune expédition de médicaments ou de matériel médical n'a été autorisée, alors que MSF rencontre de plus en plus de difficultés à obtenir des visas de voyage ou de travail pour ses collaborateurs. Parallèlement, les possibilités de transport de et vers le Jebel Si ont diminué.

Sans matériel médical et sans personnel en nombre suffisant, MSF n'est plus en mesure d’assurer ses consultations médicales et un programme de vaccination a dû être clôturé. Pour les femmes présentant des complications lors de l’accouchement, il n’est plus possible de pratiquer les césariennes, pourtant vitales. Les stocks de moustiquaires et les kits d’accouchement pour les femmes enceintes sont épuisés tout comme les fournitures nutritionnelles.

N’étant plus capables de stabiliser les patients dans un état critique, les collaborateurs de Médecins Sans Frontières sont contraints de les transférer à l'hôpital d'El Fasher, qui se trouve à huit heures de route. La situation est particulièrement délicate pour les femmes enceintes présentant des complications, qui risquent de ne pas survivre au trajet.

Actuellement, MSF n’est à même de fournir que des soins nutritionnels de manière limitée, d’assurer des consultations prénatales et des formations médicales. « Si nous ne sommes pas autorisés à acheminer des médicaments et du matériel dans notre hôpital et nos centres de santé, des épidémies de maladies comme la méningite et la rougeole risquent de se déclarer et la mortalité maternelle risque d’augmenter et pourrait même atteindre des seuils d'urgence », explique Alberto Cristina.

Dans la région, les niveaux de mortalité maternelle sont importants, et les épidémies de maladies prévisibles et curables telles que la méningite et la rougeole sont fréquentes, tout comme la malnutrition.

Au cours des deux dernières années, MSF a traité 1 805 enfants âgés de moins de cinq ans souffrant de malnutrition à Kaguro.

MSF a commencé à fournir une assistance médicale dans la région du Jebel Si en 2005, grâce à un seul poste de santé, et en 2008, l’organisation gérait un hôpital rural à Kaguro et cinq postes de santé dans la région. Il s’agit des seuls établissements de santé dans cette région qui fournissent des soins à une population de quelque 100 000 personnes, et quelque 10 000 nomades saisonniers, qui sont entièrement dépendants de MSF pour l’aide médicale et l’assistance d’urgence.

Il n'y a pas de services de santé locaux dans la région, et aucune autre organisation internationale pour fournir une assistance médicale. Les structures médicales du ministère de la Santé les plus proches sont à plusieurs heures de route, or l'insécurité dans la région, le relief et le mauvais état des routes rend leur accès extrêmement difficile.

« MSF espère sincèrement qu’une solution pourra rapidement être trouvée », souligne encore Alberto Cristina. « L'organisation est prête à reprendre ses activités dès que les restrictions auront été levées. Dès que les fournitures médicales, les équipements logistiques et le personnel international seront à nouveau à même d’atteindre la région, les équipes médicales de MSF seront prêtes à fournir des soins médicaux d'urgence aux populations du Jebel Si. »

Médecins Sans Frontières appelle le gouvernement soudanais à lui accorder le soutien nécessaire pour qu'elle puisse reprendre son travail et offrir une aide médicale vitale aux populations de la région. Le rapport de Médecins Sans Frontières, Somebody Help, est publié aujourd'hui et a déjà été transmis aux autorités soudanaises, auxquelles nous demandons instamment de lever de toute urgence les restrictions.


Médecins Sans Frontières est présente au Darfour depuis 1985 et a apporté son aide médicale dans la région sans interruption depuis 2004. En 2009, les sections française et hollandaise de l'association avaient été expulsée du Darfour et du Nord Soudan, d'autres équipes restant présentes dans le pays.

Actuellement, Médecins Sans Frontières est toujours active dans plusieurs régions du Nord-Darfour, dont Shangil Tobaya, Tawila et Dar Zaghawa, ainsi qu’à Shaeria, une localité du Sud-Darfour, offrant une gamme de services incluant les soins de santé primaire et secondaire ainsi qu’une réponse aux situations d'urgence.