En l’absence de traitement spécifique  contre la maladie à virus Ebola, Médecins Sans Frontières (MSF) vient d’annoncer que trois de ses centres de traitement Ebola en Afrique de l’Ouest  vont accueillir des essais cliniques. Ces études distinctes seront menées par trois différents partenaires de recherche, et visent à identifier rapidement un traitement efficace contre ce virus qui a d’ores et déjà causé la mort de près de 5 000 personnes depuis le début de l’épidémie dans la région.

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Guéckédou, en Guinée Conakry, avril 2014. © Sylvain Cherkaoui/Cosmos

L’Institut National (français) de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM) mènera une étude clinique sur l’antiviral favipiravir à Guéckédou, en Guinée. L’Institut de Médecine Tropicale d’Anvers (IMT) effectuera une étude sur le traitement par plasma ou sang total convalescents dans le centre Ebola de Donka, à Conakry en Guinée. L'université d'Oxford conduira quant à elle, au nom du Consortium International des Infections Respiratoires Aiguës Sévères et Emergentes (ISARIC), une étude clinique sur l’antiviral brincidifovir dans un site qui reste encore à déterminer, et financée par le Wellcome Trust. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et les autorités sanitaires des pays affectés participent à cet effort collectif.

« C’est un partenariat international sans précèdent qui représente un espoir pour les patients d’avoir accès à un véritable traitement contre cette maladie qui tue aujourd’hui entre 50% et 80% des personnes infectées, explique le Dr. Annick Antierens, qui coordonne les partenariats de recherche pour MSF. MSF étant l’un des principaux acteurs dispensant des soins médicaux aux patients infectés par le virus Ebola en Afrique de l’Ouest, nous prenons part à ces études cliniques accélérées dans le but de donner de meilleures chances de survie aux personnes touchées par l’épidémie actuelle. »

Les protocoles de ces essais sont en phase finale de développement et ont été conçus avec un objectif simple de survie à 14 jours, et avec de larges critères d'inclusion. Ces protocoles s’attelleront à perturber le moins possible les soins aux patients, à respecter les normes éthiques et de bonne pratique médicale internationales, et à faire en sorte que les données scientifiques soient solides et partagées en tant que bien commun. Les principes essentiels et les méthodologies ont été partagés avec les autorités éthiques des pays respectifs, avec l’objectif de commencer les premiers essais cliniques courant décembre 2014. Les premiers résultats pourraient être disponibles en février 2015.

Les deux médicaments, le brincidofovir et le favipiravir,  ont été sélectionnés dans la liste des traitements potentiels contre l’Ebola retenus par l’OMS, après un examen attentif des profils d’innocuité et d’efficacité, de la disponibilité des produits, et de la facilité d’administration aux patients.

« Mener des études cliniques sur des médicaments expérimentaux au cœur d’une crise humanitaire est une nouvelle expérience pour nous tous, mais nous sommes déterminés à ne pas décevoir les populations d’Afrique de l’Ouest. C’est un privilège d’être témoin de l’extraordinaire volonté de tous les partenaires dans cette initiative : tous sont sortis de leur zone de confort pour accélérer ces essais, qui sont d’une importance cruciale », a déclaré le professeur Peter Horby, investigateur principal de l’essai mené par l’ISARIC.

« Ces trois essais font partie de la première phase dans la recherche du meilleur traitement pour soigner les patients atteints par le virus Ebola, complète le professeur Denis Malvy, qui conduira la recherche menée par l’INSERM en Guinée. La coordination de ces trois comités scientifiques sera très réactive, afin que tout nouvel élément puisse être rapidement discuté et que les plans de recherche puissent être adaptés en fonction. Renforcer les liens entre nos équipes est essentiel, d’autant que si ces essais donnent des résultats positifs,  la phase suivante pourrait voir des interventions combinées. »

L’essai clinique sur le traitement par sang total ou plasma convalescents consistera à administrer du sang ou du plasma contenant des anticorps de survivants aux patients infectés. Cette approche a également été mise en avant par l’OMS.

« Le plasma convalescent de patients guéris, qui contient des anticorps contre un agent pathogène, a déjà été utilisé en toute sécurité pour d’autres maladies infectieuses, explique Johan van Griensven, coordinateur de la recherche menée par l’IMT. Nous voulons savoir s’il fonctionne pour l’Ebola, s’il est sûr et s’il serait possible d’élargir son utilisation pour réduire le nombre de décès dans l’épidémie actuelle. Une bonne communication avec les personnes ayant survécu à Ebola, et avec toute la communauté, est cruciale pour le succès de cet essai. Nous espérons que le don de sang par les survivants pour aider les malades aidera à réduire la peur et la stigmatisation auxquels les personnes guéries font face. »

Lorsque de nouveaux produits expérimentaux ou d’autres médicaments prometteurs et sûrs seront disponibles, ils seront examinés dans le but de mener de nouveaux essais dans d’autres centres de prise en charge de la maladie Ebola dans la région.

La priorité de ces trois essais sera axée sur l'engagement communautaire et le consentement éclairé des patients ou de leur représentant. Les risques que comporte l’administration d’un nouveau traitement seront expliqués clairement à chaque patient qui consentira à faire partie de l’essai. « Nous devons garder en mémoire qu’il n’existe pas de garantie que ces thérapies soient des traitements miracles, ajoute le Dr. Antierens de MSF. Mais nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour essayer les produits disponibles aujourd’hui afin d’augmenter les chances de trouver un traitement efficace contre Ebola. »

Alors que les essais cliniques sont en cours, MSF exhorte ceux qui développent ces médicaments à augmenter leur production, pour s’assurer qu’il n’y ait pas de délai entre la fin des essais et l’introduction des produits dont l’efficacité et l’innocuité auront été prouvés. MSF demande aussi à ce que les fabricants de médicaments produisent des produits finis abordables et disponibles dans des quantités suffisantes pour lutter contre l'épidémie à son épicentre, en Afrique de l'Ouest. La distribution des produits devrait être dictée par les besoins des patients, quel que soit le lieu où ils vivent et la capacité des pays à payer.