Cette décision de l’Office indien des brevets porte un coup sévère aux espoirs de création d’un vaccin moins coûteux contre la pneumonie.

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Un enfant venant d'être vacciné par MSF. Grèce, juin 2016 © MSF
Les espoirs de mise en place d’un vaccin conjugué antipneumococcique (PCV) moins coûteux, qui protège aussi bien les enfants que les adultes contre la pneumonie, ont subi un important coup d’arrêt après que l’Office indien des brevets a accordé un brevet à l’entreprise pharmaceutique américaine Pfizer pour son produit PCV13, vendu sous le nom de Prevnar 13.

« Il est profondément injuste et inacceptable que près d’un million d’enfants meurent chaque année de pneumonie alors qu’un vaccin pouvant leur sauver la vie existe. Les enfants du monde entier ont droit à une protection contre la pneumonie, mais de nombreux gouvernements n’ont pas les moyens de payer les prix fixés par Pfizer, explique le Dr. Prince Mathew, coordinateur régional en Asie pour MSF. Nous avons de toute urgence besoin que d’autres fabricants créent une situation de concurrence afin de faire baisser le prix des vaccins. »

L’attribution de ce brevet devrait empêcher d’autres fabricants indiens de proposer ce vaccin (qui protège contre treize types de bactéries pneumococciques (PCV-13)) à ceux qui en ont le plus besoin.

Selon Leena Menghaney, directrice de la Campagne pour l’Accès aux Médicaments Essentiels en Asie du Sud, « la méthode que Pfizer tente de breveter est bien trop évidente pour mériter un brevet conforme au droit indien, et constitue seulement un moyen pour la multinationale de s’assurer un monopole sur le marché durant de nombreuses années. »

Pfizer et GlaxoSmithKline (GSK) détiennent un duopole sur le marché du vaccin conjugué antipneumococcique (PCV), vaccin le plus vendu au monde, qui a rapporté un chiffre d’affaires d’environ quarante milliards de dollars entre 2009 et le deuxième trimestre 2017 aux deux groupes pharmaceutiques. Entre 2009 et le deuxième trimestre 2017, le PCV 13 a rapporté 35,2 milliards de dollars à Pfizer, alors que le PCV 10 a rapporté 4,5 milliards à GSK sur la même période.

En 2016, MSF a dénoncé la demande de brevet illégitime de Pfizer en Inde, après que le même brevet a été révoqué par l’Office européen des brevets (OEB). Ce brevet est également contesté sur le plan juridique en Corée du Sud et auprès de la Commission de première instance et d'appel américaine pour les brevets et les marques (Patent Trial and Appeal Board).

Les fabricants de vaccins indiens ont dores et déjà annoncé qu’ils étaient en mesure de proposer le PCV à un prix bien plus faible. Toutefois, le brevet de Pfizer permet au groupe de contrôler le marché du PCV en Inde jusqu’en 2026 et empêche ainsi les fabricants des pays en développement de concurrencer la version du PCV élaborée par Pfizer. Les fabricants devront trouver de nouveaux moyens de concevoir un vaccin PCV qui ne portent pas atteinte aux droits d’auteur, ce qui devrait retarder la mise sur le marché de produits concurrents par les fabricants indiens.

Dr. Anas Shorman, pédiatre pour MSF en Jordanie, a ajouté : « Dans notre travail, nous prenons en charge de nombreux enfants atteints d’infections respiratoires graves ; de nombreux décès pourraient être évités si un plus grand nombre d’enfants se voyaient proposer le vaccin conjugué antipneumococcique. Plus de cinquante pays ont dénoncé le prix trop élevé des vaccins. Les enfants d’Indonésie, de Jordanie et de Tunisie ne peuvent attendre davantage, ils doivent pouvoir accéder maintenant à un vaccin salvateur contre la pneumonie. »

La décision de l’Office indien des brevets a également un impact plus global car elle indique un affaiblissement des normes indiennes pour les brevets, ce qui revient à autoriser des monopoles en échange d’améliorations mineures et insignifiantes des produits médicaux existants, comme c’est déjà le cas dans d’autres pays. À terme, ces pratiques de renouvellement permanent des brevets nuiront au rôle de « pharmacie du monde en voie de développement » de l’Inde, alors que celle-ci fournit des médicaments et des vaccins à bas coûts à de nombreux gouvernements et acheteurs, tels que MSF.

Chaque année, les équipes de MSF vaccinent des millions de personnes dans le cadre de leurs opérations de lutte contre les épidémies de rougeole, de méningite, de fièvre jaune et de choléra, et de vaccination de routine pour des projets dans lesquels MSF propose des soins aux mères et à leurs enfants. Rien qu’en 2015, MSF a administré l’équivalent de 5,3 millions de doses de vaccin et de produits immunologiques dans plus de trente pays. MSF, qui par le passé achetait des PCV dans le cadre d’opérations d’urgence, est en train d’intensifier son recours aux PCV et à d’autres vaccins en se concentrant particulièrement sur l’amélioration des vaccinations de routine et l’élargissement de la gamme de vaccins utilisés en situations d’urgence humanitaire. MSF a effectué des PCV sur des enfants pris au piège dans des situations d’urgence en République centrafricaine, en Éthiopie, au Soudan du Sud, en Syrie, en Ouganda, etc.

Enfin, en 2015, MSF a lancé la campagne « A Fair Shot / L’injuste prix » afin de contraindre les groupes pharmaceutiques Pfizer et GSK à baisser le prix de leur vaccin contre la pneumonie à cinq dollars pour trois doses par enfant.

En novembre dernier, Pfizer a annoncé une réduction du prix de son vaccin conjugué antipneumococcique (PCV) à 3,10 dollars par dose (à savoir 9,30 dollars par enfant) pour les organisations humanitaires. Lors d’une annonce semblable en septembre, GSK avait précisé qu’il attribuerait également cette réduction aux organisations humanitaires.

Plus d'infos sur afairshot.org/french