Alors qu’une délégation de dirigeants européens et italiens se rend sur l’île sicilienne de Lampedusa ce mercredi 9 octobre pour rendre hommage aux nombreuses victimes qui ont tragiquement perdu la vie en essayant d'atteindre les côtes européennes, Médecins Sans Frontières appelle les Etats membres de l’Union Européenne (UE) à reconnaître le coût humain de leur politique migratoire répressive.

Famille de demandeurs d'asile nigérians, à Mineo, centre de rétention de Lampedusa, Italie. © Mattia Insolera
Les Etats doivent concentrer leurs efforts non pas sur la fermeture de leurs frontières aux plus vulnérables mais sur la protection de vies humaines, à travers des opérations de sauvetage en mer plus efficaces et l’amélioration des conditions d'accueil.

Depuis janvier, près de 30 000 personnes en provenance de Libye, d’Egypte ou de Syrie ont rejoint l’Italie par bateau pour la plupart, fuyant violences ou conflits et requerrant une protection internationale. Le 3 octobre, un bateau transportant près de 500 personnes, Érythréens et Somaliens principalement, a pris feu puis sombré à quelques kilomètres des côtes italiennes entraînant la mort de près de 300 passagers, dont des enfants. Ces victimes s’ajoutent aux dizaines de milliers de réfugiés et migrants disparus en mer Méditerranée alors qu’ils se rendaient en Europe à la recherche d’une vie meilleure et plus sûre.

Le renforcement du contrôle aux frontières et l’absence d’options légales pour entrer dans l’UE poussent ces personnes à emprunter des parcours de plus en plus périlleux. « Les Etats membres de l’UE ne peuvent plus ignorer le coût humain de leur politique. Ce récent naufrage est la conséquence directe d’une politique migratoire européenne qui criminalise l’immigration irrégulière et s’acharne à fermer ses portes aux plus vulnérables », s’inquiète Freya Raddi, coordinatrice des opérations pour MSF.

Ce type de mesures a de terribles conséquences sur celles et ceux qui ont tenté sans succès de rejoindre l’Europe. Que ce soit à quelques kilomètres des côtes italiennes ou dans les pays de transit, un nombre incalculable de vies sont brisées. Les personnes sont exposées à des violences et et à des exactions au cours de leur traversée. Ceux qui ont survécu à la traversée se trouvent aujourd’hui dans des centres d’accueil aux conditions de vie déplorables. « Le centre de réception de Lampedusa doit aujourd’hui accueillir quatre fois plus de personnes que sa capacité ne le permet et pourtant cette situation n’est pas nouvelle, déplore Freya Raddi. Des familles dorment dehors sous des abris de fortune faits de morceaux de plastique et de matelas », poursuit-elle. Cela témoigne du manque de préparation des autorités à un phénomène migratoire pourtant connu et prévisible.

Les populations sont aujourd’hui de plus en plus mobiles et les motivations pour franchir les frontières sont multiples. « Les gouvernements ne peuvent continuer d’opposer le contrôle des flux migratoires à la protection des réfugiés et au respect des droits des migrants. Ils doivent répondre d’urgence aux questions plus larges d’aide et de protection et apporter des solutions sur le long terme », conclut-elle.


Au Maroc, à Malte et en France, les équipes MSF ont dispensé des soins médicaux et psychologiques au cours des dix dernières années.

En Italie, MSF est présente à Lampedusa depuis 2002. Elle fournit aujourd’hui un soutien technique en matière de contrôle des maladies infectieuses dans divers centres situés à Rome et en Sicile. A Raguse (Sicile), l’organisation appuie les autorités sanitaires italiennes qui disposent d'un dispensaire. De plus, l'équipe MSF est mobilisée 24 heures sur 24 pour faire face à l'arrivée de migrants sur le port de Pozzallo. L’équipe médicale procurera également des consultations gratuites aux migrants dans le centre de santé ambulatoire de Raguse.

Au nord de la Grèce, MSF fournit des soins médicaux et un soutien psychosocial aux migrants, réfugiés et demandeurs d'asile dans les postes de police frontaliers et dans les centres  de détention.