Au lendemain de la réunion de haut niveau sur l'accès et le financement des vaccins contre le virus Ebola convoquée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Médecins Sans Frontières (MSF) appelle à mettre à disposition immédiatement des vaccins et des traitements contre Ebola pour le personnel le plus exposé. Pour cela, des investissements financiers et des dispositifs  encourageant l’accélération du processus sont nécessaires.

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Pierre Borelle
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© Martin Zinggl/MSF
« Le message que nous avons entendu de l'OMS est exactement celui que nous voulions entendre : les personnes qui sont sur la ligne de front contre  cette épidémie seront parmi les premiers à tester les vaccins et les traitements contre Ebola, souligne le Dr Bertrand Draguez, directeur médical de MSF. Maintenant, il faut agir rapidement pour que ces promesses se traduisent dès que possible en réalité sur le terrain. Une fois que leur efficacité sera prouvée, ces vaccins devront pouvoir être fournis en grande quantité, pour que toute la population y ait accès.

Il faut que le personnel des ministères de la Santé, des acteurs de l'aide et des communautés, sur qui repose la réponse à cette épidémie et qui assurent un accès aux soins de santé essentiels, soit protégé, poursuit le Dr Draguez. Tout le monde atteint la limite de ces capacités, et il est extrêmement difficile de continuer à soigner et à apporter une réponse à l’épidémie sans aucun filet de sécurité. C’est pour cela qu’il faut des traitements et de vaccins sûrs et efficaces. »

Les personnes qui devraient pouvoir tester en priorité les vaccins sont le personnels soignants, les agents de santé communautaires et les autres personnes qui participent à la réponse contre Ebola, comme le personnel en charge de l'hygiène, les ambulanciers, les équipes de sensibilisation, les personnes en charge du suivi des cas-contact ou encore celles en charge de la gestion des cadavres. Le personnel médical qui offre des soins pour d'autres maladies que le virus Ebola devrait également être une cible prioritaire des tests sur les vaccins.

La réunion convoquée par l'OMS portait essentiellement sur les vaccins contre Ebola, mais de nouveaux traitements et outils de diagnostic de la maladie sont également nécessaires de toute urgence pour permettre aux personnes en charge de la réponse à l'épidémie de faire leur travail efficacement.

« Le développementet la mise à disposition rapide de traitements expérimentaux sûrs et efficaces doit également être une priorité, explique le Dr Draguez. Aujourd'hui, les médecins et les infirmiers impliqués dans la lutte contre le virus Ebola sont de plus en plus frustrés car ils n'ont pas de traitement à proposer aux patients, alors que la maladie peut tuer jusqu'à 80% d'entre eux. »

Les traitements pourraient permettre d’obtenir de meilleurs taux de survie, ce qui pourrait réduire le nombre de nouvelles infections. En parallèle, des outils de diagnostic plus sûrs et plus rapides permettraient le dépistage rapide des patients, et donc une meilleure gestion des patients qui ont besoin de soins urgents, voire vitaux, pour d'autres maladies.

La réunion de l'OMS à Genève, présidée par le directeur général de l'OMS, le Dr Margaret Chan, a réuni des représentants de haut niveau des gouvernements, des entreprises, des bailleurs de fonds, des acteurs médicaux sur le terrain et du monde de la recherche. Parmiles sujets abordés figuraient la conception et la mise en œuvre des essais cliniques, les instances de régulation, ainsi que lefinancement et les mécanismes d’accélération en vue de la mise à disposition de nouveaux vaccins.

MSF a été la première organisation à répondre à l'épidémie qui sévit en Afrique de l’Ouest, en mars 2014. Le millième patient à avoir survécu à la maladie dans un hôpital MSF est sorti cette semaine. Lors de la réunion d’hier, les représentants de MSF ont déploré l'absence de décisions concrètes et prévenu les participants qu'ils ne doivent pas se décharger de leurs responsabilités. Alors que le déploiement des moyens promis au cours des derniers mois, plus que jamais nécessaires, tarde à se concrétiser, il est également fondamental de pouvoir compter sur  des vaccins et des traitements qui pourraient inverser la tendance de cette épidémie, et en prévenir d’autres à l’avenir.

« Cette épidémie est totalement imprévisible. Nous ne savons pas quand elle se terminera, si de nouvelles zones pourraient être touchées, s’il y aura de nouvelles épidémies. Les vaccins et les traitements sont un outil fondamental pour enrayer cette épidémie et permettre de prévenir ou contrôler d’éventuelles nouvelles flambées, clarifie le Dr Manica Balasegaram, directeur général de la Campagne d'accès aux médicaments essentiels (CAME) de MSF. Les gouvernements et les entreprisesont un rôle clé à jouer : les laboratoires  doivent prendre des risques, et les gouvernements doivent encourager cette prise de risque et la mitiger. »

D’importants investissements sont nécessaires pour développer les vaccins, les médicaments et les outils de diagnostic les plus prometteurs. Il est également important que les bailleurs de fonds mobilisent rapidement les ressources nécessaires pour les essais cliniques et l'accès aux produits après ces essais. Les données scientifiques collectées lors des essais cliniques de chaque produit devraient être publiées en temps réel, et une banque d'échantillons sanguins commune devrait être mise en place pour permettre une recherche collaborative. L’absence de médicaments, vaccins et outils de diagnostic contre Ebola n’est que le résultat du manque d'investissements et de mécanismes d’incitation à la hauteur. C’est un problème qu’il faut régler d’urgence.

« Il faut pouvoir donner aux laboratoires des motivations suffisantes pour développer ces outils essentiels pour lutter contre Ebola. Les gouvernements et les bailleurs de fonds doivent s'unir pour le permettre, poursuit le Dr Balasegaram. Les chercheurs et les personnes en charge de développer ces produits doivent, en parallèle à la conduite des essais cliniques, développer les lignes de production et d’approvisionnement, ce qui comporte des risques. Les gouvernements et les donateurs doivent encourager cette prise de risque. Le processus de réglementation, d'approbation et de mise à disposition de vaccins et de traitements sûrs et efficaces en Afrique de l’ouest doit également être le plus fluide possible. »