Hadza El-Hagizegri, dans le camp de Dar Es-Salaam, à Baga Sola, au Tchad. Elle a fui son village près de Baga, au Nigeria, après l'attaque de Boko Haram en janvier, alors qu'elle était enceinte de 5 mois.
Hadza El-Hagizegri, dans le camp de Dar Es-Salaam, à Baga Sola, au Tchad. Elle a fui son village près de Baga, au Nigeria, après l'attaque de Boko Haram en janvier, alors qu'elle était enceinte de 5 mois. © Sylvain Cherkaoui/Cosmos

Le nord-est du Nigeria, proche de la région du Sahel, se caractérise par un niveau relativement élevé de pauvreté, de malnutrition et de faibles capacités de développement. Des enquêtes nationales menées en 2013 et 2014, ont montré que les Etats du nord-est du Nigeria étaient parmi les derniers du pays en termes d’indicateurs liés à l'eau et à l'assainissement, à la santé maternelle et à la nutrition.

Depuis mai 2013, une violente insurrection menée par le groupe islamiste Boko Haram a conduit à des déplacements de population importants et à une crise humanitaire dans la région du lac Tchad. La situation dans le nord – et notamment dans le nord-est – du Nigeria demeure problématique. Les affrontements qui opposent depuis plusieurs années le gouvernement nigérian et Boko Haram connaissent depuis 2014 une escalade dramatique. En outre, le groupe a prêté allégeance à l'État islamique et pris le nom de « Province ouest africaine de l’Organisation de l’Etat islamique » en mars 2015.

Des populations obligées de fuir

Du fait des attaques régulièrement menées par ce groupe sur les villages et de l’insécurité générale, plus de 2,7 millions de personnes ont été déplacées au sein du bassin du lac Tchad, obligées de fuir les raids, les pillages, les massacres et les exactions. Ces déplacements forcés de populations pèsent lourdement sur les ressources déjà limitées des communautés hôtes. Les structures de santé qui fonctionnent sont rares et l'insécurité prive les gens d'accès aux services essentiels. Les services publics, déjà au ralenti, les activités agricoles et le commerce transfrontalier ont été interrompus.

Près de 2,2 millions de personnes ont été déplacées au Nigeria, dont près d'un million de personnes dans le seul État de Borno, au nord-est du pays. La vaste majorité d'entre-elles manque de nourriture, d'eau propre ou de services de santé adéquats. « La violence est venue aggraver une crise déjà ancienne, explique Isabelle Mouniaman, responsable des programmes MSF au Nigeria. Cette région souffre de pauvreté, d'une vulnérabilité extrême, d'insécurité alimentaire, d'épidémies récurrentes et le système de santé est quasi inexistant.Les habitants manquent de tout : nourriture, eau, abris et soins. »

Au Cameroun, on compte actuellement quelque 61 000 réfugiés nigérians, ainsi que 158 000 déplacés internes et retournés dans la région de l'Extrême Nord. La majorité des déplacés internes vivent dispersés dans des communautés hôtes, dans des zones recevant peu d'aide humanitaire. « La situation est très instable, avec des attentats suicides fréquents, des attaques et des contre-offensives militaires qui prennent la population en tenaille, explique Hassan Maiyaki, chef de mission chez MSF. La sécurité est un obstacle majeur à l'assistance dans cette région, mais nous faisons notre possible pour élargir nos activités. »

Au Tchad, près de 6 300 réfugiés et 43 800 déplacés tchadiens luttent pour survivre dans l'insécurité de la région du Lac. «La situation reste imprévisible, rapporte Federica Alberti, cheffe de mission de MSF au Tchad. En plus de l'insécurité, les populations sont exposées à des conditions sanitaires désastreuses, avec des pics de malnutrition et de paludisme et un risque épidémique élevé. Alors que les populations continuent de quitter leur foyer, les ressources alimentaires précaires et le système sanitaire déjà faible subissent une forte pression. »

Plus de 300 000 réfugiés, déplacés internes et rapatriés nigériens ont trouvé refuge à Diffa, dans le sud du Niger, à cause des violences persistantes dans la région. « La situation déjà difficile de la population de Diffa, confrontée à des pics réguliers de malnutrition et de paludisme, s'est encore dégradée en raison de la violence permanente, explique Luis Encinas, responsable des programmes MSF. Nos patients sont toujours plus nombreux à décrire une situation alarmante. » Les personnes vivent dans des conditions précaires et leurs besoins fondamentaux tels que des abris, de la nourriture, de l'eau potable et un accès aux soins médicaux ne sont pas couverts.

Peu d’acteurs humanitaires dans cette région en crise

MSF a déployé des équipes médicales afin d’aider les populations déplacées et locales dans les quatre pays touchés.

En raison de l’insécurité, rares sont les ONG internationales actuellement à l’œuvre dans le nord-est du Nigeria et particulièrement dans l’Etat de Borno. MSF travaille à Maiduguri et dans ses environs depuis août 2013. « Nous avons besoin de davantage de soutien, dit Chibuzo Okonta, responsable des urgences pour MSF. Nous avons lancé des appels répétés à d'autres organisations humanitaires afin qu’elles portent secours aux populations déplacées de l'État de Borno, mais en vain. »

MSF travaille également dans les pays où des milliers de Nigérians ont trouvé refuge, parmi les rares organisations présentes dans la région à apporter de l’aide aux réfugiés, comme aux autorités qui les accueillent.

Activités de MSF dans la région

Activites de MSF dans la région du lac Tchad

Chiffres cles

1 865

consultations menées dans 4 camps de déplacés de Maiduguri, dont 218 enfants malnutris pris en charge.

 

200

abris construits par les équipes logistiques de MSF dans 13 camps de Maiduguri.

 

3 218 000

litres d’eau fournis chaque semaine.

 

166

personnels MSF déployés sur place.

 

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