Des patientes reçoivent un traitement dans le centre de Support Familial de Tari, en Papouasie-Nouvelle-Guinée.
Des patientes reçoivent un traitement dans le centre de Support Familial de Tari, en Papouasie-Nouvelle-Guinée. © Jodi Bieber

A l’occasion de la journée mondiale de la femme, Médecins Sans Frontières publie le rapport « Return to abuser » (« Renvoyés chez l'agresseur »), basé sur ses expériences de prise en charge des violences sexuelles en Papouasie-Nouvelle Guinée, ainsi qu’une série de témoignages recueillis dans les projets de l’association, notamment au Kenya, en République centrafricaine, et en République démocratique du Congo.

Ces témoignages, ce sont ceux de personnes qui viennent d’échapper à leur agresseur, ou qui cherchent du secours après des jours ou des semaines de silence. Le récit de l’agression, recueilli dans l’intimité d’une consultation médicale, souvent avec l’aide d’un psychologue, guide le choix des premiers soins à apporter, mais aussi de la suite à donner, en fonction des problèmes rencontrés par la victime, qui peuvent être d’ordre psychologique, médical et social.

Dans les contextes d’intervention de MSF,  les soignants sont ainsi animés d’une double préoccupation : d’une part, fournir des soins médicaux adaptés (examen physique, traitement des blessures, prévention des maladies sexuellement transmissibles, mise à disposition d’un moyen de contraception d’urgence, soutien psychologique) et ce, le plus rapidement possible après l’agression ; de l’autre, mettre à l’abri la victime (offre d’abris et hébergements provisoires, accès aux services sociaux, aide matérielle, signalement aux autorités compétentes si nécessaire - ce dernier aspect s’impose pour les mineurs, qui représentent jusqu’à la moitié des victimes prises en charge dans les projets MSF).

Soustraire la victime à son agresseur est une tâche difficile, dans des situations où les services sociaux sont défaillants, où la population n’a pas confiance dans la capacité des forces de l’ordre ou du système judiciaire à mettre les agresseurs hors d’état de nuire, et où l’exploitation sexuelle se nourrit du dénuement matériel de pans entiers de la société. Mais dans des contextes comme la Papouasie-Nouvelle-Guinée, où près de la moitié des violences sexuelles ont lieu au domicile des victimes, ou dans les quartiers pauvres de Nairobi, où environ 10% des enfants sont violés par l’un de leurs parents ou beaux-parents, se contenter de fournir des soins à la victime en sachant qu’elle sera exposée aux mêmes violences, voire aux mêmes violeurs dans le même environnement, s’apparente à « poser un pansement entre deux agressions ».