Roelant Zwaanswijk, coordinateur de projet pour MSF à Boguila
Roelant Zwaanswijk, coordinateur de projet pour MSF à Boguila © MSF

Le 26 avril 2014, dix-neuf civils, dont trois personnels centrafricains de MSF, ont été tués au cours d'un vol à main armée à l'hôpital de Boguila, ville située au nord de la République centrafricaine (RCA). MSF a alors immédiatement décidé de réduire ses activités dans la zone aux seuls services médicaux essentiels. Six mois plus tard, malgré le fait que les risques sécuritaires demeurent très élevés, une équipe réduite de MSF travaille toujours à Boguila, où les besoins de la population restent criants. Entretien avec Roelant Zwaanswijk, coordinateur de projet pour MSF à Boguila.

Six mois après l'attaque, quelle est la situation à Boguila ?

La situation n'a malheureusement pas changé. Des groupes armés continuent de causer des troubles. En mai et juin derniers, il y a encore eu beaucoup d'attaques. Je pensais que ces groupes seraient moins actifs pendant la saison des pluies mais, en septembre et octobre, des villes et villages, dont Boguila, ont encore été attaqués. A nouveau, tout ce qui pouvait être pillé l’a été et des civils ont été tués.

Comment les populations locales font-elles face à cette situation ?

Elles vivent dans la peur constante d'être attaquées. Les gens essaient de reconstruire leurs maisons et de travailler dans les champs, mais, dès lors qu’un semblant de stabilité s’installe, il y a à nouveau des attaques.

Quelles sont les conséquences sur les besoins médicaux de la population ?

En RCA, le principal problème est le paludisme, mais les infections respiratoires et les maladies diarrhéiques sont également fréquentes. Les familles fuient leurs maisons et vivent pendant de longues périodes dans la brousse, ce qui a des conséquences sur leur Santé. Un autre problème majeur est la malnutrition. Nous voyons des enfants qui en souffrent. Personne ne peut travailler normalement dans les champs et il n’y a plus de transport des vivres, du coup les gens dépendent de ce qu'ils peuvent trouver en brousse. Beaucoup de femmes ont peur de se rendre dans les centres de Santé des villages et les femmes enceintes accouchent souvent en brousse. Les besoins médicaux de la population sont et demeurent importants, mais l’accès aux soins est et reste très limité.

Comment fournir des soins à ces personnes ?

Pour aider les gens vivant dans la brousse ou dans des villages où il n'y a pas de centre de santé, nous formons des membres des communautés afin qu’ils puissent eux-mêmes diagnostiquer et traiter les cas de paludisme : un homme avec un sac à dos contenant des tests de diagnostic rapides et des médicaments : c’est aussi simple que ça. Nous soutenons également les centres de santé de certains villages et, en collaboration avec le ministère de la Santé, nous vaccinons des enfants. Enfin, nous continuons à fournir des soins de santé primaires à l'hôpital, en se concentrant sur les services essentiels comme les soins maternels et le traitement de la tuberculose et du VIH/sida.

En quoi les activités menées par MSF à l’hôpital ont changé suite de l'attaque d’avril dernier ?

L'hôpital de Boguila ne fonctionne plus comme un hôpital mais ressemble plus à un centre de santé « amélioré». Le service d'hospitalisation n’est plus ouvert ; auparavant, il y avait 140 lits. Le service de consultations externes dispose de six lits d’observation où les patients peuvent être stabilisés avant d'être transférés, en moto, vers un hôpital situé dans une zone plus sûre. Nous avons réduit le nombre de personnels de moitié, environ 70, venant tous de la région.

Comment fait l'équipe pour travailler dans une situation aussi difficile ?

Suite à la tuerie du 26 avril, beaucoup de nos personnels ont souhaité continuer à travailler ; d’autres ont décidé de ne pas continuer. Nous avons changé notre approche : le personnel international soutient les postes de Santé et les hôpitaux à distance et des équipes réduites effectuent des « flash » visites, inopinées et très courtes. Du fait de l’insécurité, nos mouvements sont limités. Nous aimerions faire plus, mais plus nous nous déplaçons, plus nous nous exposons à un possible incident de sécurité.

Quels sont les principaux défis pour MSF maintenant à Boguila ?

Le premier est d’essayer de ne pas être frustré par le fait que nous ne pouvons fournir une aide totale. Au cours des trois derniers mois, nous avons tout de même réussi à dispenser environ 15 000 consultations par mois. Mais lorsqu’il y a des épisodes d’insécurité, le nombre de consultation chute. Un des plus grands défis dans un tel contexte est de maintenir le dialogue avec les groupes armés afin de discuter des problèmes auxquels nous sommes confrontés et de s’assurer qu'ils comprennent notre travail. Comme dans beaucoup d'autres pays dans le monde, MSF discute avec chaque partie prenant au conflit, armée ou non, afin de négocier l'accès à ceux qui ont besoin de notre aide.
 

MSF travaille en RCA depuis 1997. Depuis 2013, nous avons doublé notre aide médicale et accru le nombre de nos projets afin de répondre à la crise dans ce pays.