Le camp d’Ain Issa, dans le nord-est de la Syrie, accueille environ 8 000 personnes fuyant les violences et les zones contrôlées par l’organisation Etat islamique.
Le camp d’Ain Issa, dans le nord-est de la Syrie, accueille environ 8 000 personnes fuyant les violences et les zones contrôlées par l’organisation Etat islamique. © Chris Huby

Dans le nord-est de la Syrie, le camp d’Aïn Issa se trouve à la croisée des chemins des personnes qui fuient les violences et les zones contrôlées par l’organisation État islamique. MSF propose aux 8000 personnes qui y vivent une aide médicale et logistique.

« Il y a des arrivées tous les jours, observe Arnaud Fablet, coordinateur d’urgence à MSF. Mais le nombre total de personnes vivant dans le camp reste relativement stable, car beaucoup ne font que transiter. » Les personnes déplacées arrivent essentiellement de la zone de Deir ez-Zor, une ville que l’armée syrienne essaye de reprendre à l’État islamique, mais aussi de Rakka, un autre fief de l’EI sur lequel les Forces démocratiques syriennes (FDS)* ont lancé l’assaut en juin, encerclant désormais la ville.

Alors qu’en mai, 90% des personnes déplacées venaient de Rakka et ses environs, en juillet et début août, elles arrivaient principalement de la zone de Deir ez-Zor. Depuis mi-août, les arrivées de Rakka ont augmenté, mais elles restent encore peu nombreuses alors que la coalition internationale appuyant les FDS intensifie ses raids aériens sur la ville. Selon les Nations Unies, il y aurait encore 25 000 civils pris au piège des combats. « Nous sommes inquiets car nous n’avons aucune information sur ce qui se passe dans Rakka, note Arnaud Fablet. Ce qui nous préoccupe surtout est le sort des blessés. En dépit des frappes aériennes quotidiennes, nous n’avons reçu qu’un blessé ces trois dernières semaines dans notre hôpital de Kobané/Ain al-Arab. »

Le camp d’Aïn Issa est le plus souvent un camp de transit, pour les populations de Deir ez-Zor qui poursuivent leur route vers la Turquie où elles espèrent trouver refuge,  ainsi que pour les réfugiés irakiens de Tal Afar, ville jusqu'à récemment tenue par l’EI, qui souhaitent regagner leur pays via la Turquie.

Qu’ils soient en transit ou restent sur place, tous les nouveaux arrivants doivent passer un contrôle de sécurité avant de se faire enregistrer. À côté du point d’enregistrement, une équipe MSF propose une première aide, en dépistant la malnutrition chez les enfants, distribuant du lait maternisé, des kits d’hygiène et en vaccinant les enfants de moins de cinq ans.

Vue générale du camp de déplacés d'Aïn Issa. © Chris Huby

Vue générale du camp de déplacés d'Aïn Issa. © Chris Huby

A l’intérieur du camp, MSF assure par ailleurs l’approvisionnement en eau par camion avec une autre ONG, et vient de creuser un forage. MSF dispose aussi d’un dispensaire où une équipe donne des consultations médicales et réfère les patients devant être hospitalisés à l’hôpital de Kobané ou de Tal Abyad, où intervient MSF. Parmi les patients d’Aïn Issa, on compte peu de cas de malnutrition. Les principales pathologies observées sont les diarrhées, maladies de peau et douleurs, liées aux rudes conditions de vie dans le camp. La température atteint 45°C, souvent une poussière dense obstrue l’air. L’équipe MSF assure également la vaccination de routine et prévoit une vaccination de rattrapage contre la rougeole, beaucoup d’enfants n’ayant pu être vaccinés en raison de l’effondrement du système de santé syrien.

Les habitants du camp n’attendent qu’une chose : la fin des combats à Rakka pour repartir chez eux. C’est le cas de Mohamed, un jeune déplacé qui était âgé de 26 ans lorsqu’il a dû quitter Rakka en 2014, quand l’EI a pris le contrôle de la ville, et qui travaille aujourd’hui pour MSF. Auparavant professeur d’anglais, il a dû arrêter d’enseigner quand l’EI a fermé son école. Il a alors tenté sa chance dans un village des environs où il a ouvert un magasin de matériel de télécommunications avec un cousin. « On installait des satellites, des connexions wifi », précise-t-il. Mais l’EI a gagné encore du terrain, a pris le contrôle de ce village, et le magasin a dû fermer.

Aujourd’hui, Mohamed vit dans le camp d’Aïn Issa avec ses parents qui ont fui Rakka quelques temps après lui. Il ne peut se rendre dans les villes de la région, que ce soit Kobané, Manbij ou Tal Abyad… « Il faut une autorisation pour pouvoir circuler et pour l’obtenir, explique-t-il, il faut connaître dans la ville une personne qui se porte garante. »

Beaucoup d’autres déplacés vivent en dehors du camp, chez de la famille dans des villages ou louent des logements quand ils le peuvent. Tous espèrent pouvoir rentrer chez eux, comme l’ont fait les habitants de Tabqa qui avaient trouvé refuge dans le camp d’Aïn Issa, jusqu’à ce que leur ville soit reprise par les FDS en mai dernier.

Après plus de cinq ans de guerre, les mouvements de populations en Syrie se poursuivent dans le nord de la Syrie où d’autres équipes MSF apportent une aide médicale, notamment à Manbij, Tal Abyad et Hassaké.

Clinique MSF, dans le camp d'Aïn Issa. © Chris Huby

Clinique MSF, dans le camp d'Aïn Issa. © Chris Huby

 

* Les FDS sont une alliance de soldats kurdes et arabes.