Une opération chirurgicale dans l'hôpital de Ramtha, en Jordanie.
Une opération chirurgicale dans l'hôpital de Ramtha, en Jordanie. © Ton Koene

75% des patients reçus par MSF en salle d’urgence de l’hôpital de Ramtha, en Jordanie, souffrent de graves blessures causées par l’utilisation d’armement hautement explosif. Le Dr David Elliott, chirurgien, a passé six mois à Ramtha. Il témoigne.

Je ne vois pas les bombes, mais je vois leurs conséquences directes », David Elliott, chirurgien MSF.

David Elliott est un chirurgien MSF expérimenté. Il a effectué plusieurs missions, en zones de guerre, y compris en Somalie et au Soudan du Sud, pourtant rien comparé à ce dont il est témoin à Ramtha. « Le niveau de destruction du corps humain que j’ai vu ici dépasse l’entendement. Imaginez ce que des armements hautement explosifs peuvent faire à un corps humain : j’ai traité des nourrissons avec des éclats d’obus dans le cerveau, des enfants qui ont sauté sur une mine, et des femmes ayant perdu leurs bras, leurs jambes, jusqu’à 10 kg de muscle et de chair. »

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La plupart des patients qui arrivent en salle d’urgence à l’hôpital de Ramtha sont entre la vie et la mort. Plus tôt ils arrivent, meilleures sont leurs chances de survivre et d’éviter l’amputation. La priorité de l’équipe médicale consiste à contrôler la pression artérielle et arrêter la source des saignements, et cela nécessite généralement une intervention chirurgicale. « Les patients ont souvent du gravier, des clous, des câbles métalliques… toutes sortes de projectiles contenus dans les bombes incrustés dans leur corps, ce qui peut provoquer une hémorragie massive et mortelle », explique David Elliott.

L’équipe MSF voit les personnes les plus gravement blessées - celles qui ont survécu à l’évacuation vers la frontière et qui ont obtenu l’autorisation des autorités d’entrer en Jordanie. Mais pour chaque patient traité, des centaines d’autres ont besoin de soins à l’intérieur de la Syrie. « Comme tout le monde à Ramtha, j’entends le bruit des combats, des bombardements et des tirs d’artillerie, et chaque fois je me demande combien de personnes pourront arriver jusqu'à la salle d’urgence de l’hôpital », explique David Elliott.

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Les barils d'explosifs, des armes destinées à faire le plus de dégâts possibles

Dans l'arsenal d'armements, les barils d'explosifs sont particulièrement destructeurs pour les populations civiles. Remplis de ferraille et largués par hélicoptère, ces engins hautement explosifs non guidés n'ont aucune précision, et par conséquent mutilent et tuent de manière indiscriminée. Lorsqu’ils explosent, les "bombes barils" se fragmentent et causent des blessures particulièrement profondes et complexes qui nécessitent un accès immédiat à des services chirurgicaux d'urgence, ainsi qu’à des soins post-opératoires spécialisés et de longue durée pour limiter les complications médicales et les situations de handicap sévères et permanentes. 63 patients récemment traités par MSF en Jordanie déclarent avoir été victimes de barils d’explosifs, dont 19 enfants, tandis que plusieurs autres rapportent avoir été blessés par des armes à sous-munitions et des mines antipersonnel posées dans des champs. Des types d'armes dont l'usage est totalement interdit par les conventions internationales.
 

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