Un réfugié syrien attend son tour pour une consultation MSF dans l'hôtel "Captain Elias". Juin 2015
Un réfugié syrien attend son tour pour une consultation MSF dans l'hôtel "Captain Elias". Juin 2015 © Alessandro Penso

Stathis Kyroussis est chef de mission pour Médecins Sans Frontières en Grèce. Il livre son sentiment face aux afflux de migrants qui arrivent régulièrement et massivement sur les côtes grecques, et face aux manquements de l'Union Européenne.

« Il semble que la position de l’Union Européenne est de voir dans les migrants et réfugiés des ennemis. Ils veulent construire des murs, déployer des militaires, limiter ou même refuser l’assistance, tout ce qui peut garder ces gens en-dehors.

J’ai travaillé dans beaucoup de camps de réfugiés avant, au Yémen, au Mozambique et en Angola. Mais ici sur cette île de Kos, c’est la première fois de ma vie que je vois des gens totalement abandonnés. Les autorités ont identifié l’hôtel abandonné "Captain Elias" parce qu’il est éloigné du centre-ville et jettent les gens là-bas sans information, sans assistance, sans provisions, sans rien…

Ce que nous voyons chaque jour est complètement inacceptable. Il semble qu’il y a une politique disant « Laissez-les souffrir. S’ils ne souffrent pas, il y en a plus qui vont arriver ».

Aucune autorité ne prend la responsabilité de la gestion de ces camps de réfugiés de fortune pour s’assurer de la sécurité et du bien-être des réfugiés. Personne ne lève le petit doigt pour aider.

Gérer l’afflux de personnes est entièrement de la responsabilité de l’Etat. Mais en l’absence de toute aide significative, chez MSF nous avons décidé que nous devions faire quelque chose pour la santé et la dignité de ces personnes.

Nous avons nettoyé l’hôtel. Nous avons vidé la piscine, qui était pleine d’eau stagnante et représentait un danger pour les petits enfants, et nous avons installé des toilettes et des douches. Nous offrons des consultations médicales, et nous avons un psychologue et un promoteur de la santé dans l’équipe. La situation s’est améliorée un peu, mais c’est toujours 5 ou 6 fois au-dessus de la capacité maximale de l’hôtel, et les gens sont abandonnés ici.

Hotel Captain Elias, à Kos, en Grèce

L'hôtel "Captain Elias", sur l'île de Kos, en Grèce. Juin 2015 © Alessandro Penso

La plupart de ces gens n’ont rien, à part un peu d’assistance de MSF. Les communautés locales ne peuvent continuer à donner, ils ont déjà donné des vêtements aux nouveaux arrivants, mais il y a un flux constant de personnes qui arrivent.

A travers les îles, il y des milliers de personnes qui vivent en-dessous des standards, avec très peu d’informations à propos des étapes à venir et pas de perspectives d’avenir.

Quand vous demandez à la plupart des gens ici, ils ne savent pas ce qui va leur arriver, ils n’en ont aucune idée. Ils ont des informations très confuses. Certaines personnes à qui j’ai parlé m’ont dit qu’elles voudraient rejoindre leur famille en Suède mais elles n’ont aucune idée de comment s’y rendre.

Un migrant tente de joindre ses proches pour leur dire qu'il est en vie.

Sur le toit de l'hôtel "Captain Elias", un migrant tente de joindre ses proches pour leur dire qu'il est en vie. Juin 2015 © Alessandro Penso

Ce qui devrait être offert, c’est un package fourni par l’Etat comprenant des services de réception, incluant un logement dans des conditions décentes avec une hygiène suffisante et des toilettes qui fonctionnent (ce que MSF a fourni dans le camp de réfugiés de Captain Elias), des services de santé de base (ce que MSF fournit également dans le camp), et une information claire à propos d’où ils sont, quelles options sont disponibles et ce que les prochaines étapes administratives devraient être.

Ce sont des obligations, et c’est une honte qu’elles soient totalement négligées pour des personnes qui ont tellement souffert. »