Un médecin MSF prend en charge des déplacés ayant fui Mossoul, réfugiés ici dans le camp d'Hassansham. Mai 2017
Un médecin MSF prend en charge des déplacés ayant fui Mossoul, réfugiés ici dans le camp d'Hassansham. Mai 2017 © Giulio Piscitelli

Dans la partie Ouest de Mossoul, deuxième plus grande ville d’Irak, les combats font rage entre les forces irakiennes soutenues par la coalition et le groupe État islamique. Pourtant, 100 000 personnes y sont encore piégées, dans une zone de quelques kilomètres carrés seulement, à court de nourriture, d'eau et d’accès aux soins médicaux. Deux familles qui ont récemment réussi à fuir Mossoul Ouest ont raconté à Francesco Segoni, coordinateur de projets pour MSF à Mossoul Est, ce que cela signifie de survivre dans une ville assiégée.

« Il fallait qu’on parte. Nous n’avions pas le choix, raconte Karima. A la fin, nous mangions de l’herbe ». La nièce de Karima qui a quatre ans est assise près d’elle, avec une robe rose, et écoute attentivement. Karima est l’une des milliers de personnes qui ont risqué leur vie, ces derniers mois, pour fuir Mossoul Ouest.

La partie ouest de la ville, située sur la rive droite du Tigre, a été en proie à de violents combats depuis que les forces irakiennes y sont entrées en février dernier pour la reprendre au groupe Etat islamique. Karima vit maintenant à Mossoul Est chez un parent qui travaille dans l’hôpital d’Al Tahil, ouvert par MSF en mars pour prendre en charge les urgences médicales et chirurgicales.

Karima était enseignante tandis que son mari, Saïd, travaillait de temps à autre comme ouvrier. Aujourd’hui l’idée d’un emploi – de n’importe quel emploi – ressemble à un rêve pour Karima et pour beaucoup d’autres Mossouliotes. Ces derniers mois, il n’était question que de survivre, par tous les moyens.

« La violence des combats a rendu pour nous la situation intenable à Mossoul Ouest, raconte Saïd. Que ce soit une roquette tirée par l’armée ou une bombe lâchée par l’EI, on avait toujours l’impression que cela allait nous tomber sur la tête. » 

Cela n’a pas été facile de fuir. Au début, Karima et Saïd ont juste réussi à parcourir quelques kilomètres pour rejoindre un autre quartier de Mossoul Ouest. Ils y ont temporairement trouvé refuge car moins d’un mois plus tard, ce quartier s’est retrouve à son tour happé dans le conflit. Ils sont restés là 24 jours jusqu’à ce qu’ils ne puissent faire autre chose que repartir.

Après s’être cachés quelques jours dans un abri de fortune, ils sont partis un matin tôt, à pied, et ont enfin réussi à atteindre une zone sûre à l’écart des combats. Après leur arrivée dans un camp pour les personnes déplacées,  ils ont été séparés : Karima a été envoyée dans le secteur du camp réservé aux femmes et aux enfants et Saïd dans la partie réservée aux hommes. Mais 12 heures plus tard, ils se sont retrouvé et ont été autorisés à aller dans la maison d’un de leurs parents à Mossoul Est. Leur calvaire était enfin terminé.

L’histoire de Karima et de Saïd n’a rien d’exceptionnel. Depuis que je suis arrivé à l’hôpital d’Al Tahil pour MSF il y a trois mois, j’ai entendu des histoires similaires.  Plusieurs de nos patients viennent de Mossoul Ouest. Assez souvent, la première chose qu’ils font en arrivant à Mossoul Est est de chercher un endroit pour se faire soigner. Certains ont des blessures qui n’ont pas été traitées ou se sont infectées, d’autres souffrent de blessures par éclats.

Nos patients sont ceux qui ont eu la chance de réussir à fuir, mais il reste à Mossoul Ouest quelque 100 000 personnes, coincées dans un quartier de la vieille ville faisant à peine quelques kilomètres carrés, où la nourriture manque, où l’eau aussi manque tout comme les médicaments les plus élémentaires.

Hassan, un ancien vétérinaire, a fui Mossoul Ouest fin avril avec sa femme Mayssam et leurs trois filles : Jouri, Ghazial et Arij.

Chaque matin, Mayssam prenait la seule casserole qu’elle avait et faisait cuire de la sauce tomate diluée dans un reste d’huile qu’ils avaient. « C’était la dernière bouteille d’huile que nous avions et je savais que je ne pourrai pas en acheter une autre. Un litre d’huile coûtait 1000 dinars et maintenant cela coûte 30 000 dinars au marché noir. Mais ce n’est même pas le problème. Il n’y en avait plus du tout. Vous pouviez avoir de l’argent mais il n’y avait plus rien à acheter. »

Hassan et Mayssam utilisaient deux bougies pour s'éclairer, l’électricité ayant été coupée depuis longtemps. La famille se blottissait dans une pièce pour n'utiliser qu'une seule bougie à la fois et les faire durer le plus longtemps possible.

Mais ils ont eu de la chance pour une chose, ajoute Mayssam. Ils n’ont jamais eu de gros problèmes de santé. « Si nous en avions eu, nous savions que nous n’aurions pu aller nulle part. »

Toute la population de la zone assiégée dépend de quelques infirmières qui, précise Mayssam, vont d’une maison à l’autre pendant les brefs moments d’accalmie entre les combats, sans matériel et avec un stock de médicaments totalement insuffisant.  

Maintenant la principale préoccupation d’Hassan concerne les nombreux membres de sa famille qu’il a laissés derrière lui. « Nous avons des oncles, des cousins et des amis là-bas, dit Hassan. Ils sont dans la même situation désespérée que celle dans laquelle nous étions. Pas de nourriture, pas d’eau, pas de médicaments. Nous sommes encore en contact avec eux par téléphone. »

Ce qui est vraiment étonnant est que les deux familles sont bien décidées à retourner dans ce quartier de Mossoul ravagé par la guerre, une fois les combats terminés, alors qu’elles ont parfaitement conscience de ce qu’elles y trouveront. « Nous allons y retourner quand ce sera fini, dit Karima. Cela ira une fois que l’eau et l’électricité seront revenues. »

 

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