Ali, un bébé âgé de 4 mois, souffrant de déshydratation.
Ali, un bébé âgé de 4 mois, souffrant de déshydratation. © Hussein Amri/MSF

Depuis mars dernier, les équipes MSF ont pris en charge plus de 450 enfants souffrant de malnutrition sévère dans l’hôpital de Qayara, situé à 60 km au sud de Mossoul. Trois questions à Manuel, chef de mission en Irak.

Quelle est la population touchée par la malnutrition ?

En mars, nous avons commencé à prendre en charge des enfants souffrant de malnutrition sévère dans notre hôpital de Qayara. Ce sont en majorité des enfants de moins de un an, et 60% d’entre eux ont moins de six mois. Certaines mères arrivent directement de Mossoul, mais la majorité vient des camps de déplacés.

Ces deux dernières semaines, nous avons constaté une augmentation du nombre de cas d’enfants sévèrement malnutris. Dans notre tente d’une capacité de 12 lits, le taux d’occupation a pu atteindre et même parfois dépasser les 200%.

Nous allons donc ouvrir une unité de 30 lits supplémentaires pour y reloger les mères et leurs bébés.


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Long format : Mossoul – MSF traite les urgences à Qayara

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Quelles sont les raisons de la malnutrition dans la région de Mossoul ?

Ce n’est pas un problème d’accès à la nourriture. La malnutrition est avant tout liée à l’accès au lait maternisé. Le plus souvent, les mères en Irak n’allaitent pas, et celles qui le font  allaitent rarement plus de deux ou trois mois. Le stress, la fatigue et les conditions de vie dans les camps rendent l’allaitement encore plus compliqué. Bien sûr les adultes et les enfants  vivant dans la partie assiégée de Mossoul ont souffert de la pénurie de nourriture et on a vu beaucoup de gens très amaigris arriver dans les camps. Mais une fois sortis de Mossoul, les adultes reprennent rapidement du poids, contrairement aux nourrissons.

Il y a aussi un obstacle d’ordre politique. Les organisations internationales comme l’Unicef ou l’OMS font la promotion de l’allaitement, en Irak comme ailleurs, et ne donnent du lait maternisé que sur prescription médicale. Or dans un contexte de conflit comme celui-là, nous pensons que la distribution de lait maternisé s’impose car c’est le seul moyen d’éviter que des enfants soient hospitalisés en état de malnutrition.

En ce qui nous concerne, nous donnons du lait maternisé aux enfants quand ils sortent de l’hôpital puis durant leur suivi. Nous expliquons l’importance de l’allaitement mais donnons du lait maternisé aux mères si elles en ont besoin. Nous les incitons également à s’assurer que l’eau dans les camps soit de bonne qualité.

En plus de soigner les enfants malnutris, le Dr Mohammad tente également de sensibiliser les mères aux vertus de l’allaitement. © Hussein Amri/MSF

En plus de soigner les enfants malnutris, le Dr Mohammad tente également de sensibiliser les mères aux vertus de l’allaitement. © Hussein Amri/MSF

Qu’implique le traitement contre la malnutrition ?

La malnutrition nécessite un traitement long, de parfois deux ou trois semaines, ainsi qu’un suivi régulier des enfants qui ont été hospitalisés. Mais les mères veulent sortir rapidement du centre thérapeutique nutritionnel, car elles ont besoin de s’occuper de leurs autres enfants. Certaines sortent parfois donc contre avis médical, et il leur est ensuite difficile de revenir à l’hôpital pour le suivi du fait de contraintes multiples, dont le transport. De ce fait, à l’hôpital de Qayara, on compte encore un nombre relativement élevé de réadmissions pour des cas de rechutes.

Prochainement, un programme nutritionnel de prévention ouvrira directement dans un camp pour assurer le suivi ainsi que le dépistage des enfants malnutris. Mais il est aussi important que les autres acteurs humanitaires travaillent sur le dépistage qui est un maillon essentiel dans la chaîne de prise en charge de la malnutrition.