Un sauvetage mené par le Dignity I le 20 juillet 2015.
Un sauvetage mené par le Dignity I le 20 juillet 2015. © Anna Surinyach/MSF

Durant les 100 derniers jours, MSF a mis en place d’importantes ressources pour sauver des vies en mer Méditerranée et a sauvé 11 482 personnes qui risquaient la noyade, grâce aux navires Bourbon Argos, Dignity I et MY Phoenix (ce dernier en partenariat avec MOAS, pour Migrant Offshore Aid Station). Depuis le début des opérations le 2 mai dernier, MSF a rencontré de nombreuses embarcations proches du naufrage, où des vies ont pu être sauvées parce que les bateaux de sauvetages étaient au bon endroit au bon moment.

Les données de MSF indiquent que presque tous les sauvetages se sont produits dans deux zones au large des côtes libyennes, près de Tripoli et Zuwara. Les navires de recherche et de sauvetage gérés par MSF et le MOAS se concentrent sur des patrouilles proactives dans ces zones, dans le seul but de secourir des bateaux en détresse. Ce n’est pas le cas pour bon nombre d’autres bateaux impliqués dans les efforts de recherche et sauvetage qui ont d’autres mandats à remplir et ne sont pas stationnés dans cette région à moins de recevoir un appel du Maritime Rescue Coordination Centre (MRCC). En 2014, les navires commerciaux ont mené 40% de tous les sauvetages, mais de récentes attaques sur des bateaux commerciaux au large de la Libye ont rendus les capitaines réticents à entrer dans ces eaux pour des raisons de sécurité.

« De plus en plus, nous voyons que nous devons opérer plusieurs sauvetages à partir de plusieurs bateaux en quelques heures, explique Lindis Hurum, coordinatrice d’urgence de MSF à bord du Bourbon Argos. Nos équipes ont également rencontré des embarcations où des gens étaient déjà morts de déshydratation ou d’asphyxie durant le voyage. Cela signifie pour moi que malgré la réponse supposément « meilleure et plus importante » de l’UE en comparaison avec l’année dernière, il n’y a pas suffisamment de bateaux disponibles et positionnés au bon endroit pour répondre de manière adéquate aux besoins des gens qui traversent la Méditerranée ».

« Il ne faut que quelques secondes pour que les gens se noient, ajoute Will Turner, coordinateur d’urgence de MSF à bord du MY Phoenix. Pour sauver plus de vies, les bateaux doivent se concentrer uniquement sur la recherche et le sauvetage et être aussi proches des côtes de l’Afrique du Nord que possible. Ce n’est pas suffisant d’attendre un appel dans les eaux entre la Sicile et Malte, la recherche et le sauvetage doivent être menés de manière proactive ».

La majorité des personnes sauvées par MSF provenaient de pays tels que l’Erythrée, la Somalie, la Syrie, le Bangladesh, le Soudan et la Gambie. Ils fuyaient des guerres, des régimes oppressifs ou cherchaient une vie meilleure en Europe. Les équipes médicales de MSF les ont soignés pour diverses pathologies, y compris des blessures par balle, des brûlures provoquées par le carburant des moteurs et des défaillances organiques.


« Les opérations de recherche et sauvetage sauvent beaucoup de vies mais peu importe combien de bateaux opèrent en Méditerranée, effectuer la traversée sur un rafiot de pêcheur en bois bondé ou un canot gonflable ne sera jamais sûr, explique Lindis Hurum. Pour mettre fin à ces morts, l’Union européenne doit créer des voies d’accès sûres et légales pour l’Europe pour que les gens ne doivent plus embarquer sur ces bateaux ».

« Quand je demande aux gens pourquoi ils risquent leur vie de cette façon, j’ai à chaque fois la même réponse, témoigne Will Turner. Il n’y a pas d’alternative. Ils connaissent les dangers mais ils prennent le risque. Ils nous racontent qu’ils préfèrent se noyer en route vers la sécurité et la liberté plutôt que de rester dans leur pays d’origine ou en Libye où leur vie ne vaut pas la peine d’être vécue ».

Zachariah, un vieil homme originaire de Palestine déplacé pour la troisième fois de sa vie,  a fui l’insécurité en Libye. Il témoigne : « Quand la situation en Libye s’est aggravée, j’ai décidé d’emmener ma famille en Europe mais sans documents officiels, c’était impossible de partir. Nous faisons tous ce voyage parce que nous n’avons pas d’autre option ».

On s’attend à ce que le mois d’août soit le plus chargé en Méditerranée, quand la mer calme et la météo clémente permettent de meilleures conditions pour effectuer la traversée.

« Pour bon nombre de personnes en Europe, le mois d’août est la saison des vacances, un mois de vacances bien mérité, témoigne Paula Farias, coordinatrice d’urgence de MSF à bord du Dignity I. Mais pour beaucoup de gens dans le monde, c’est un mois de plus durant lequel  ils fuient la guerre, la privation, le danger, la faim et l’oppression. Personne ne risque sa vie en Méditerranée pour un plus grand écran de TV ».

MSF continuera ses opérations de recherche et de sauvetage en mer Méditerranée durant les prochains mois, pour soutenir ceux qui entreprennent ce dangereux voyage à travers la mer.