Le docteur Sarah Eustache soigne un malade atteint de méningite, Sud-Soudan, 2007
© Anne Yzebe / MSF

La méningite est présente de façon sporadique dans le monde entier, mais l'immense majorité des cas et des décès sont déclarés en Afrique. Chaque année, des dizaines de milliers de personnes décèdent suite à la méningite, particulièrement durant la saison épidémique, de décembre à mai.

Voir notre dossier "Urgence épidémie de méningite"

La méningite est présente de façon sporadique dans le monde entier, mais l'immense majorité des cas et des décès sont déclarés en Afrique. Chaque année, des dizaines de milliers de personnes décèdent suite à la méningite, particulièrement durant la saison épidémique, de décembre à mai.

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UNE MALADIE CONTAGIEUSE MORTELLE

La méningite est une infection des méninges, c'est-à-dire des enveloppes du système nerveux central (le cerveau et la moelle épinière). Il n'existe pas une mais des méningites dont l'origine peut être virale (à 80%) ou bactérienne. Les méningites d'origine virale sont généralement bénignes, alors que les méningites bactériennes sont graves et peuvent être mortelles.

Plusieurs agents infectieux. Les bactéries en cause sont le méningocoque (Neisseria meningitidis), le pneumocoque (Streptococcus pneumoniae) et chez les enfants de moins de un an très souvent l'Haemophilius influenzae.

Le méningocoque est la seule forme de méningite bactérienne qui provoque des épidémies mais durant celles-ci, certains cas de méningite peuvent être dus à d'autres germes. Il existe 12 groupes (sérogroupes) de méningocoque répertoriés, dont 4 sont responsables d'épidémies (A,B,C et W135).

A l'intérieur de chaque sérogroupe, il existe des sérotypes, des sous-types et des clones. L'indentification précise du germe permet de suivre son extension géographique d'année en année. En Afrique, c'est le plus souvent le sérogroupe A qui est responsable des épidémies, tandis que le B est l'agent prédominant de la méningite endémique en Europe et le C, le plus fréquemment rencontré aux Etats-Unis.

Des risques de décès élevés. Quand la bactérie progresse à travers le système vasculaire jusqu'au cerveau, la personne est alors atteinte de méningite et le risque de décès est très élevé. En l'absence de traitement, la méningite bactérienne tue jusqu'à 50% des malades infectés.

Même lorsque la maladie est diagnostiquée très tôt et traitée avec les antibiotiques adéquats, 5 à 10% des patients décèdent, généralement moins de 48 heures après l'apparition des symptômes. De plus, un survivant sur cinq souffrira de séquelles neurologiques telles que la surdité, l'hémiplégie, une paralysie faciale ou un retard mental.

TRANSMISSION, FACTEURS DE RISQUES, VACCINATION

L'infection est transmise uniquement d'homme à l'homme, à travers des gouttelettes de salive. Entre 10 et 25% de la population mondiale sont porteurs de la bactérie méningocoque selon les estimations de l'Organisation Mondiale de la Santé mais la grande majorité ne sont pas malades (porteurs sains).

Neuf porteurs sains sur dix développent des anticorps, ils sont donc protégés eux-mêmes mais contaminent d'autres personnes pendant une période de 5 à 15 semaines. Hors période épidémique, on estime que 50% de la population peut être porteuse de la bactérie sans qu'apparaissent des cas de méningite. En période épidémique, la proportion de porteurs sains peut atteindre 80% de la population. La durée du portage est généralement de quelques semaines (5 à 15).

L'importance de l'âge, du climat ou de la densité de population. Dans les régions endémiques, au cours des épidémies, la méningite bactérienne est classiquement une maladie de l'enfant à partir de 6 mois, de l'adolescent et de l'adulte jeune.

Après 30 ans, la maladie devient plus rare. Cependant le groupe d'âge le plus à risque doit systématiquement être confirmé en cas d'épidémie, il peut varier. Les portes d'entrée de la bactérie étant la gorge ou le nez, le risque de développer l'infection est plus élevé quand ces voies sont irritées ou infectées. Les épidémies surviennent quand le climat est sec et chaud, avec des vents importants. Autre facteur de risque, la promiscuité. Dans les grandes villes ou les camps de réfugiés, la transmission de la maladie est plus importante.

La vaccination n'offre qu'une protection à court terme. Il existe différents vaccins polysaccharidiques pouvant combiner plusieurs sérogroupes (notamment A/C et A/C/W135). Malheureusement, ils ne confèrent qu'une protection partielle et pour une durée de trois ans. De plus, ils ne sont pas recommandés chez les enfants de moins de deux ans. Lors d'épidémies, des campagnes de vaccination réactives sont menées en ciblant la population à risque (soit 2-30 ans). La protection est complète 10 à 14 jours après la vaccination, à condition que les doses aient été conservées entre 2 et 8 degrés Celsius jusqu'à l'injection.

Un nouveau vaccin bientôt largement utilisé. Un vaccin conjugué pour la souche A (MenAfriVac) fournissant une protection durable devrait être progressivement introduit à partir de la fin 2009. A un prix abordable (0,40 $ la dose), il s'annonce plus efficace que le vaccin actuellement disponible et pour une durée bien plus longue, même chez les enfants de moins de deux ans. Les essais cliniques se poursuivent. L'objectif de l'OMS est de vacciner une population de 250 millions de personnes, âgées de 1 à 29 ans, ainsi que 23 millions de nourrissons d'ici 2015, dans les pays de la ceinture de la méningite. Le méningocoque de souche A est une des principales sources de flambées épidémiques.

SYMPTÔMES, DIAGNOSTIC ET TRAITEMENT

Après une incubation de 3 à 4 jours en moyenne, la méningite se manifeste par des maux de tête soudains et intenses, une fièvre élevée, des nausées, des vomissements, et un symptôme caractéristique ; une raideur de la nuque. Un phénomène de photophobie peut également apparaître. Dans les formes graves, des signes neurologiques surviennent, tels qu'un coma fébrile ou des convulsions.

Plus rarement, l'infection peut évoluer vers un «purpura fulminans» (extension et nécrose d'hémorragies sous-cutanées, défaillance circulatoire). Chez les enfants de moins de un an, le diagnostic est plus difficile et le symptôme le plus caractéristique, le bombement de la fontanelle, indique que l'infection a déjà progressé dangereusement. La mort peut survenir quelques heures après l'apparition des symptômes.

Une confirmation du diagnostic par des analyses. Le diagnostic est confirmé par l'analyse du liquide céphalo-rachidien dans lequel baigne le système nerveux central, prélevé par ponction lombaire. En cas d'infection, le liquide est trouble et contient des bactéries qui peuvent être analysées au laboratoire pour identifier le germe responsable.

Plusieurs examens sont possibles, les premiers apportant des informations rapides mais limitées. La coloration de Gram permet de vérifier s'il s'agit d'un méningocoque. Le test de diagnostic rapide, un test d'agglutination au latex, permet d'identifier différents germes et le sérogroupe du méningocoque. Puis, une mise en culture est nécessaire pour déterminer la sensibilité du méningocoque aux antibiotiques disponibles.

Dans un délai plus long, des examens complémentaires sont effectués dans des laboratoires de référence, en Afrique, en Europe ou aux Etats-Unis pour déterminer le type, le sous-type et le clone. L'identification rapide du sérogroupe est très importante puisque le risque épidémique diffère, de même que les vaccins qui peuvent être utilisés si une campagne est nécessaire. Ces analyses sont donc essentielles mais en situation épidémique, où le nombre de cas dus au même germe est important, il n'y a plus de ponction lombaire pour tous les patients, tout cas suspect reçoit directement un traitement rapide. Quelques examens de cas sont régulièrement effectués pour suivre l'évolution et réadapter la stratégie au besoin.

Un traitement spécifique lors d'épidémie. Le traitement repose sur l'administration d'antibiotiques le plus rapidement possible. Hors période épidémique, le traitement de référence est la Ceftriaxone pendant 7 jours.

Mais, en période d'épidémie, un protocole spécifique est mis en place. Il permet de traiter rapidement un nombre importants de malades pour limiter le nombre de décès et la proportion de séquelles. Pour les cas suspects âgés de plus deux ans, une dose unique de chloramphénicol huileux en injection intramusculaire ou une dose unique de Ceftriaxone sont efficaces rapidement dans la plupart des cas (plus de 80%). Au besoin, une deuxième injection est effectuée après 24 heures.

EPIDEMIES : ZONES A RISQUE ET SAISON, SEUILS

Les épidémies ont un cycle de 8 à 10 ans, elles durent en moyenne 4 à 20 semaines avec un pic un mois après le franchissement du seuil épidémique. Lors de la plupart des épidémies en Afrique, 500 personnes pour 100 000 ont la méningite dans les provinces affectées.

La ceinture de la méningite. En Afrique subsaharienne, la méningite fait des ravages dans la région connue sous le nom de «ceinture africaine de la méningite», une zone s'étendant du Sénégal, à l'ouest, jusqu'à l'Ethiopie, à l'est, recouvrant une population d'environ 300 millions de personnes. Entre 1995 et 1997 a eu lieu l'épidémie de méningite la plus importante jamais enregistrée en Afrique, avec plus de 250 000 cas et 25 000 décès.

Saison de la méningite. Des cas de méningite peuvent survenir en toute saison mais la propagation de la maladie en favorisée par des conditions climatiques sèches. L'air sec, la poussière, le vent irritent la gorge, qui ne peut plus jouer son rôle de barrière et la bactérie pénètre plus aisément dans l'organisme. La « saison de la méningite » s'étend dans la ceinture africaine de Décembre à Juin.

Seuil épidémique. Le seuil d'alerte est fixé à 5 cas pour 100 000 habitants et le seuil épidémique est fixé à 15 cas pour 100 000 personnes sur une semaine, dans les zones de population supérieures à 30 000 habitants.

Stratégie de réponse aux épidémies. En cas d'épidémies, Médecins Sans Frontières travaille en coordination avec les autorités sanitaires locales et nationales pour renforcer ou mettre en place une surveillance épidémiologique, traiter les personnes malades et au besoin mener une campagne de vaccination.