
Situation
Daniela rentre d’une mission de plus d’un an en tant que sage-femme puis responsable de terrain dans le camp de réfugiés hmongs de Petchabun au nord de la Thaïlande. Dans cette véritable ville de 8 000 habitants où le nombre de naissance est de 350 par an, elle a mis en place une maternité dans le respect des traditions hmongs autour de la naissance.
Comment vous est venue l’idée de monter une maternité dans le camp hmongs de Petchabun ?
Lorsque je suis arrivée dans le camp, j’avais pour mission d’effectuer une première évaluation sur la santé des femmes. J’ai constaté qu’il existait un service minimal de soin prénatal. Une femme, recrutée et formée à l’ouverture du projet par les différents médecins expatriés, tenait un petit service de consultation et de planning familial. Mais peu de femmes y venaient. La plupart d’entre elles accouchaient à la maison, pas forcément dans de bonnes conditions. Cela comportait des risques importants mais souvent elles préféraient cette solution plutôt que d’être transférés vers l’hôpital thaïlandais où elles étaient traitées avec peu de considérations par le personnel soignant. Cela m’a aussi convaincue qu’il fallait déployer des moyens dans le camp pour que ces femmes viennent accoucher dans de bonnes conditions et dans le respect de leur tradition autour de l’accouchement.
Quelles sont ces traditions ?
La tradition veut, par exemple, que la femme ne boive que du bouillon de poulet dans les jours qui précèdent et suivent l’accouchement. Il est aussi important pour les hmongs d’enterrer le placenta car celui-ci est considéré comme le berceau de la vie mais aussi celui où l’on reviendra une fois mort. Il est aussi extrêmement important que l’homme soit présent lors de l’accouchement. Les pères jouent un rôle essentiel autour de la naissance mais aussi, par la suite, dans l’éducation des enfants. A l’hôpital, aucune de ces traditions n’étaient respectées. Les femmes restaient isolées de leur famille, les pères n’avaient même pas un droit de visite.
"Nous comptons dans le camp environ 350 à 400 accouchements par an. Sur une population totale de 8000 habitants, cela représente beaucoup de naissances, soit une moyenne de 7 naissances par semaine."
Daniela Abadi, sage-femme, responsable terrain.
Quelles étaient les conditions pour ouvrir cette petite maternité ?
Tout d’abord, nous devions avoir le potentiel nécessaire pour l’ouvrir. Nous comptons dans le camp environ 350 à 400 accouchements par an. Sur une population totale de 8000 habitants, cela représente beaucoup de naissances, soit une moyenne de 7 naissances par semaine. Cela suffisait à ouvrir à condition de pouvoir offrir à ces femmes un service de qualité proche des standards de santé anténatal dans d’autres programmes MSF. Pour cela, nous devions recruter puis former des personnes au métier de sage-femme capables notamment de répondre à des urgences. Ca n’a pas été simple mais aujourd’hui, nous avons une équipe de quatre sage-femmes hmongs qualifiées qui restent secondées par une expatriée.
Est-ce que désormais toutes les femmes viennent accoucher dans la maternité du camp ?
Aujourd’hui environ 10 à 15 % des accouchements ont encore lieu à domicile contre plus de 50 % auparavant. Les transferts à l’hôpital ne concernent plus que les cas de complications. Si les femmes viennent nous voir c’est parce qu’elles se sentent en confiance, respectées et écoutées. Nous leur offrons une prise en charge médicale complète, pas uniquement autour de la grossesse. Beaucoup de femmes désormais n’hésitent plus à venir accoucher dans notre maternité, à se faire suivre et à faire suivre leur bébé après l’accouchement. C’est un vrai succès.
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