Salome Karwah - patiente qui a survécu à Ebola et travaille maintenant pour MSF
Salome Karwah, au centre de traitement Elwa 3 de Monrovia au Liberia  © Adolphus Mawolo/MSF

Témoignage de Salome Karwah – cette survivante d’Ebola fait maintenant partie du personnel soignant du centre de traitement MSF Elwa 3 de Monrovia.

Interventions de MSF

Thinglink Ebola

Cliquer pour découvrir notre carte interactive

 

CHIFFRES-CLES

• Plus de 3200 MSF déployés, dont 270 internationaux
• 6 centres de traitement gérés par MSF, un total de près de 600 lits
• Plus de 4900 patients pris en charge, dont 3200 cas confirmés et près de 1140 survivants
• Plus de 877 tonnes de matériel médical acheminées
• Budget prévu (jusqu'à fin 2014) : 46,2 millions d'euros

 

EN SAVOIR PLUS

► Consulter notre dossier spécial "Urgence Ebola".

► Consulter notre FAQ Ebola.

 

Blog Ebola

► Retrouvez les récits de nos équipes luttant contre Ebola

 

STORIFY

► Découvrez notre fil Urgence Ebola sur Storify.

Tout a commencé par une forte migraine et une fièvre. J’ai ensuite commencé à vomir et à souffrir de diarrhée. Mon père et ma mère étaient également malades. Puis ma nièce, mon fiancé et ma sœur sont tombés malades. Nous nous sentions impuissants.

C’est mon oncle qui a attrapé le virus en premier. Il l’a contracté auprès d’une femme qu’il a aidée à se rendre à l’hôpital. Quand il est tombé malade, il a appelé notre père à l’aide. Ce dernier l’a donc conduit dans un centre pour qu’il se fasse soigner. Quelques jours après son retour, mon père est tombé malade à son tour. Nous avons tous pris soin de lui et avons été infectés.

Le 21 août, ma famille et moi nous sommes rendus au centre de traitement d’Ebola Médecins Sans Frontières (MSF) de Monrovia. Lorsque nous sommes arrivés à l’unité de soin, les infirmiers ont placé ma mère et moi dans la même tente. Mon fiancé, ma sœur, mon père et ma nièce ont été placés dans des tentes séparées.  Ma sœur était enceinte et a fait une fausse couche.

On nous a prélevé des échantillons de sang et nous avons attendu les résultats. L’analyse en laboratoire a confirmé que j’étais porteuse du virus. Mon monde s’effondrait. J’avais peur parce que nous avions entendu dire que si on attrapait Ebola, on mourait. Le reste de ma famille a également été diagnostiqué positif.

Après quelques jours dans l’unité d’isolement, mon état a empiré. Ma mère luttait également pour sa vie. Elle était très mal en point. Le personnel infirmier a décidé de me transférer dans une autre tente. À ce moment-là, je comprenais à peine ce qui se passait. J’étais inconsciente, désemparée. Les infirmiers devaient me laver, changer mes vêtements et me nourrir. Je vomissais constamment et j’étais très faible.

L’intérieur de mon corps me faisait extrêmement mal. Cette sensation était accablante. La fièvre Ebola est tellement douloureuse qu’elle semble provenir d’une autre planète. Vous arrivez à ressentir la douleur jusque dans vos os. Je n’ai jamais souffert à ce point dans ma vie.

Ma mère et mon père sont décédés alors que j’essayais de survivre. Je ne savais pas qu’ils étaient morts. C’est seulement une semaine plus tard, quand j’ai commencé à aller mieux, que les infirmiers me l’ont annoncé. J’étais triste, mais je devais l’accepter. J’étais atterrée à l’idée d’avoir perdu mes deux parents, mais Dieu m’avait épargnée, ainsi que ma sœur, ma nièce et mon fiancé.

Même si la mort de mes parents m’attriste, je suis heureuse d’être en vie. Dieu n’aurait pas pu laisser toute la famille mourir. Il nous a laissés en vie pour une raison.

Je suis très reconnaissante envers le personnel du centre de m’avoir soignée. Ce sont des personnes formidables. Elles prennent vraiment soin de leurs patients. Les soins, le traitement et la volonté personnelle peuvent aider un patient à survivre.

Quand vous souffrez d’Ebola, vous devez constamment vous encourager : prends tes médicaments, bois suffisamment, qu’il s’agisse d’une solution de réhydratation orale, d’eau ou de jus de fruit. Il ne faut jamais laisser son estomac vide. Si on vous apporte à manger et que vous n’avez pas faim, il faut au moins boire la soupe.

Un matin, au bout de 18 jours au centre de traitement, les infirmiers sont venus prélever mon sang et l’ont apporté au laboratoire pour le faire analyser. Ils sont revenus dans l’après-midi, vers 17 heures, et m’ont annoncé que les tests étaient négatifs et que je pouvais rentrer chez moi.

À ce moment-là, je me suis sentie renaître. J’étais très heureuse de rentrer chez moi malgré la mort de mes parents.

Mais à mon arrivée, mes voisins avaient encore peur de moi. Peu d’entre eux sont venus m’accueillir. Certains craignent encore d’être en ma présence. Ils disent que j’ai toujours Ebola. Un groupe en particulier continuait à appeler notre maison « la maison d’Ebola ». Mais à ma grande surprise, une des femmes de ce groupe est venue me voir pour me demander si je pouvais emmener sa mère se faire soigner au centre de traitement. Je l’ai fait, et je suis contente de me dire que dorénavant, elle sait qu’on ne peut pas aller acheter Ebola dans un supermarché. C’est une maladie que tout le monde peut attraper. Si quelqu’un souffre d’Ebola, il est inutile de le stigmatiser parce que vous ne savez pas qui sera le prochain sur la liste.

Aujourd’hui, je travaille au centre de traitement et j’aide les patients à guérir du virus. Je suis conseillère en santé mentale. J’aime venir en aide aux gens, c’est ce qui m’a fait revenir. Mon travail ici peut aider d’autres personnes à survivre.

Quand je suis en poste, je conseille mes patients : je leur parle et je les encourage. Si un patient ne veut pas manger, je l’y encourage. Si un patient est trop faible pour se laver tout seul, je l’y aide. Je soutiens les malades de toutes mes forces parce que je sais ce que c’est, je suis moi-même passée par là.

Ce nouveau travail me rend heureuse. Je traite mes patients comme s’il s’agissait de mes propres enfants. Je leur parle de mon expérience et leur raconte mon histoire pour leur montrer qu’eux aussi peuvent s’en sortir. C’est important, et je pense que cela les aide. 

Mon grand frère et ma sœur sont contents que je travaille ici. Ils me soutiennent à 100 %. Même si nos parents n’ont pas survécu au virus, nous pouvons aider les autres à guérir.