Construction du centre MSF de traitement Ebola à Monrovia, Libéria.
Construction du centre MSF de traitement Ebola à Monrovia, Libéria. © John Moore / Getty Images

Le 8 août dernier, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a déclaré que l’épidémie sans précédent de fièvre hémorragique Ebola en cours en Afrique de l’Ouest représente une «  urgence de santé publique de portée mondiale ». Mais les efforts internationaux pour endiguer l'épidémie demeurent dangereusement en deçà des besoins, et ne permettent pas de lutter contre la propagation du virus.

La réponse internationale reste insuffisante

Le nombre de décès et de cas continue d'augmenter au Libéria et en Sierra Leone, en accélérant la crise de santé publique dans ces deux pays. L’épidémie continue également en Guinée, où elle s’est déclarée en mars. De nouveaux cas suspects continuent d'être admis dans les centres de soins. Le 14 août, le virus Ebola avait provoqué 1 069 décès, selon l’OMS, avec 1 975 cas déclarés au total. L'OMS et les pays disposant des ressources nécessaires doivent fournir un soutien immédiat aux gouvernements de la Guinée, du Libéria, du Nigéria et de la Sierra Leone. En particulier, des moyens logistiques plus importants et du personnel médical supplémentaire doivent être déployés au Libéria et en Sierra Leone. Il est aujourd’hui clair que l'épidémie d'Ebola ne pourra pas être contenue sans un déploiement massif de spécialistes en secours médicaux et en gestion de crises humanitaires de la part des États qui en ont la possibilité. Les pays touchés par l’épidémie ont urgemment besoin d’un soutien de la communauté internationale. Le personnel soignant,  particulièrement exposé, paie un lourd tribut à l’épidémie.

Il faut également que les Etats qui le peuvent acheminent plus de spécialistes médicaux et d’épidémiologistes, davantage de laboratoires pour la confirmation des cas, des ambulances et des hélicoptères pour transporter en toute sécurité des échantillons et des cas suspects, et du matériel pour assurer la sécurité des enterrements. Les organisations non-gouvernementales internationales doivent également intensifier leurs efforts dans la région.

MSF a atteint ses limites

Les équipes d'urgence de Médecins Sans Frontières (MSF) poursuivent leurs efforts pour lutter contre l'épidémie d'Ebola. MSF intervient pour répondre à l'épidémie depuis le mois de mars, et compte actuellement 1 086 personnels en Guinée, en Sierra Leone et au Libéria. La priorité de MSF est de soigner les patients infectés par le virus. Pour cela, l’organisation a déjà déployé le maximum de ressources humaines expérimentées disponibles. Au Libéria et en Sierra Leone, de nombreux hôpitaux et centres de santé sont fermés ou vides. Les gens ne cherchent pas à se soigner pour les maladies courantes, de peur d'être infectés par le virus Ebola. De nombreux membres du personnel soignant ont été infectés ou sont morts. Bien d’autres ont trop peur pour aller travailler. L'épidémie met à rude épreuve des systèmes de santé déjà très faibles et aggrave des crises de santé existantes, comme le paludisme et la mortalité maternelle. L'OMS doit demander qu’un soutien supplémentaire soit apporté au personnel de soins, pour que les hôpitaux et les centres de santé puissent rester ouverts. Dans le cas contraire, le nombre de décès liés à d'autres maladies pourrait exploser, s'ajoutant aux effets directs de l’épidémie.

Un impact social et économique immense

Beaucoup des patients décédés avaient entre 30 et 45 ans. Dans certains villages de la région de Kailahun, en Sierra Leone, la majorité des membres adultes de la communauté a disparu. De nombreux enfants sont orphelins et les personnes âgées laissées à elles-mêmes. Dans certains villages, il n'y a guère plus personne pour cultiver les champs et fournir de la nourriture aux familles.

La situation pays par pays

Libéria

Dans la capitale Monrovia, la situation est catastrophique et se dégrade jour après jour. Il n’y a eu aucune amélioration dans la coordination générale de la réponse à l'épidémie. Les hôpitaux et presque tous les centres de santé de cette ville de près d'un million d'habitants restent fermés. Le nombre de morts dépasse largement la capacité des autorités sanitaires à gérer les enterrements en toute sécurité, et de plus en plus de soignants ont été infectés par le virus Ebola au cours des dernières semaines. Il y a un besoin urgent de soutien de l’OMS et de la communauté internationale au ministère de la Santé libérien.

« Cette épidémie prend de l'ampleur chaque jour, a déclaré Lindis Hurum, coordinatrice d'urgence MSF au Liberia.Le système de santé libérien ne peut tout simplement pas faire face à cette situation. L'épidémie a affecté tous les aspects de la société libérienne. Cette maladie est très démocratique, de ce point de vue-là ».

Le 8 août, MSF a terminé la construction d'un nouveau centre de gestion des cas de 120 lits à Monrovia appelé ELWA3, qui recevra ses premiers patients ce week-end. Il s’agit du plus grand centre de traitement d'Ebola jamais construit par l'organisation. L'équipe continue également de fournir un soutien technique et des formations au personnel du ministère de la Santé.

« Nous atteignons les limites en termes de personnel médical expérimenté et ne pouvons pas élargir notre activité,continue Lindis Hurum. Il faut que l'OMS, les pays, et d'autres organismes d'aide déploient du personnel sur le terrain. Nous sommes Médecins Sans Frontières, pas sans limites ».

MSF a récemment démarré une intervention dans la région du Lofa, non loin de la frontière guinéenne, durement touchée par le virus Ebola. A Foya, une équipe a réhabilité le centre d'isolement de 40 lits, selon les standards MSF de gestion de la maladie. Après deux semaines d'intervention, l'équipe prend actuellement en charge 137 cas suspects d'Ebola dans ce centre.

Sierra Leone

Dans le centre de traitement d'Ebola de MSF à Kailahun, près de la frontière avec la Guinée, entre cinq et dix nouveaux patients sont admis chaque jour. Actuellement, 50 patients sont présents dans le centre, qui compte 80 lits.

MSF est actuellement en train de construire un centre d'isolement d'une capacité de 35 lits dans la ville de Bo. Près du village de Gondama, MSF gère également un centre de transit, où les cas suspects sont isolés avant d'être transférés vers des centres de traitement.

Par ailleurs, près de 300 agents de santé communautaires mettent en oeuvre des activités de promotion de la santé dans la région, afin d'améliorer les connaissances de la population sur le virus Ebola et les mesures de prévention de la transmission. Notre équipe reçoit régulièrement des informations concernant de nombreux décès, et de nouvelles communautés infectées, bien qu'il n'existe pas de chiffres fiables disponibles. MSF continue à accorder la priorité à cette activité, et est en train d'augmenter le nombre d'agents communautaires.

Au total, les centres de traitement de MSF en Sierra Leone ont admis 321 patients, dont 204 confirmés. 52 patients guéris ont pu retourner chez eux.

Guinée

En Guinée, MSF gère deux centres de traitement d'Ebola – le premier dans la capitale, Conakry, et l'autre à Guéckédou, dans le sud-ouest du pays, où l'épidémie a commencé. A l'heure actuelle, 4 patients sont hospitalisés dans le centre de Conakry et 11 à Guéckédou.

La situation à Conakry reste assez stable. A Guéckédou, le nombre de patients dans le centre de traitement demeure faible, mais les équipes continuent à identifier de nouveaux possibles foyers d'infection, et nous nous attendons à voir arriver d'autres malades, venant d'autres communautés.

Depuis le mois de mars, les centres de traitement de MSF à Conakry ont admis 249 patients, dont 80 pour des cas confirmés d'Ebola. 50 patients ont guéri et sont retournés à la maison.

Dans le centre de transit de Macenta, près de la frontière libérienne, MSF a soutenu le ministère de la Santé par le transfert par ambulance des patients atteints d'Ebola vers les centres de Conakry ou Guékédou. MSF a transféré cette activité au ministère de la Santé et de l'OMS. Les patients arrivent de loin, y compris la région de Nzérékoré.

Depuis mars, les centres de traitement de MSF à Guékédou ont admis 301 patients. Parmi les 197 cas confirmés d'Ebola. 45 ont pu être guéris.