« Le plus difficile, ce sont les enfants. Anxieux à leur arrivée, leur peur s’intensifie dans le centre en voyant les autres patients. »
« Le plus difficile, ce sont les enfants. Anxieux à leur arrivée, leur peur s’intensifie dans le centre en voyant les autres patients. » © Julien Rey/MSF

Dans le centre de prise en charge des cas d'Ebola (CPE) de Médecins Sans Frontières à Guéckédou, en Guinée, une équipe de sept personnes apporte un soutien psychosocial aux personnes et communautés touchées par Ebola. Une tâche difficile mais indispensable dans la réponse à l’épidémie.

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CHIFFRES-CLES

• Plus de 3300 MSF déployés, dont 263 internationaux
• 6 centres de traitement gérés par MSF, un total de près de 600 lits
• Plus de 5200 patients pris en charge, dont 3200 cas confirmés et plus de 1200 survivants
• Plus de 1000 tonnes de matériel médical acheminées
• Budget prévu (jusqu'à fin 2014) : 51 millions d'euros

 

EN SAVOIR PLUS

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Le soutien commence à l’arrivée

« Il y a encore beaucoup de malentendus autour de la maladie, explique Alexi, superviseur de l’équipe psychosociale à Guéckédou. Les rumeurs et le bouche à oreille voyagent plus rapidement que les équipes de promotion de la santé, et cela a un impact sur les communautés. Des personnes avec des symptômes arrivent confus, dans un état de détresse terrible. Notre première tâche est alors d’établir un lien de confiance entre elles et nous. »

Si la communauté a coupé les liens avec un patient, l’équipe prend contact avec la famille et explique que la personne peut survivre à la maladie, et qu’elle aura besoin du soutien de ses proches. « Plusieurs anciens patients qui ont survécu à Ebola travaillent maintenant avec nous et leur contribution est précieuse. Lorsqu’ils décrivent leur expérience et comment ils ont survécu, la perception d’Ebola et du CPE peut changer ».

Auprès des patients

Au chevet du patient, tout le personnel psychosocial porte une combinaison de protection qui recouvre leur corps et leur visage. « La distance visuelle et physique entre les patients et nous rend la tâche difficile, explique Reine Lebel, psychologue. Elle a déjà effectué plusieurs missions avec MSF, entre autres en Haïti et aux Philippines, mais celle-ci, dit-elle, est une toute autre chose. « Normalement, je prends les enfants dans mes bras et je joue avec eux, je serre la main des adultes. Ici, il faut trouver d’autres moyens de nouer des liens avec les patients, surtout les enfantsAlors, nous nous concentrons sur les besoins de chacun, essayons de découvrir de petites choses personnelles pour leur donner l’envie de se battre contre la maladie, de boire, manger et prendre les médicaments ».

« Il y a quelques semaines, Sébastien s’est rendu lui-même au centre après que sa femme et ses deux sœurs soient décédées d’Ebola. Etant infirmier, il était accusé d’empoisonner les gens de son village et donc stigmatisé, raconte Alexi. Quand je me m’approchais de lui, il disait « Qu’est-ce que tu me veux ? Je ne veux rien ! ». Il était dépressif, persuadé de mériter de mourir. Puis nous avons découvert son petit faible pour le tonic ! On lui a amené une cannette après l’autre, et doucement il a recommencé à manger, avec le tonic. Il est ressorti guéri et s’est installé dans un nouveau  quartier à Guéckédou ».

« Le plus difficile, ce sont les enfants, ajoute Alexi. Les enfants sont anxieux à leur arrivée, et cette peur s’intensifie dans le centre en voyant les autres patients. Nous apportons un jouet à chaque enfant, et quelques fois, des patients se sentent un peu mieux et commencent à s’occuper d’un enfant dans l’unité. C’est une source énorme de réconfort pour un enfant ».

La dignité dans la vie et dans la mort

« Pour faire ce travail, on ne doit jamais perdre de vue le respect et la dignité du patient, explique Reine. Et cela s’applique également pour un patient décédé. »

Parce que le virus reste actif sur le corps d’une personne décédée, un enterrement traditionnel durant lequel le corps est lavé et touché par sa famille n’est pas possible. Cela n’empêche pas un enterrement effectué avec dignité. Au centre de MSF, les hygiénistes formés et protégés lavent le corps et le mettent dans un sac mortuaire. La partie de la tête reste découverte, et des fleurs sont placées autour de la personne pour la présenter à sa famille. Bakari, de l’équipe de soutien psychosocial, prend une photo de la personne pour sa famille.

Un travail qui pèse lourd sur les épaules de Bakari. « La semaine passée, nous avons eu onze morts en un jour, et j’ai dû tous les préparer. Cette nuit-là, j’ai commencé à faire des cauchemars et depuis je travaille un jour sur deux ». Pour cette raison, un psychologue MSF offre aussi une assistance aux membres de MSF qui travaillent en réponse à l’épidémie.

Sortir du centre

Les patients qui sortent guéris du centre restent en contact avec l’équipe. « Un survivant peut se trouver confronté à de la stigmatisation, du doute ou de la peur. Les survivants qui travaillent avec nous jouent un rôle important car ils aident la famille à comprendre qu’un survivant n’est plus contagieux », explique Reine.

Aujourd’hui, six personnes au CPE de MSF à Guéckédou, 12 personnes au CPE à Donka et quatre personnes au centre de transit de MSF à Macenta fournissent un soutien psychosocial aux patients et à leur famille, et un psychologue soutient les travailleurs MSF qui luttent contre l’épidémie.

 

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