Anna Halford, coordinatrice MSF
Anna Halford, coordinatrice MSF, avec Valerie Amos, responsable des opérations humanitaires de l'ONU, à Guiuan aux Philippines en novembre 2013.  © Baikong Mamid/MSF

Lors d’un entretien avec la radio BBC, Anna Halford, coordinatrice MSF à Monrovia, revient sur les mesures de protection du personnel dans les centres Ebola. MSF met en place des protocoles stricts pour éviter les erreurs et utilise le meilleur matériel possible, mais le risque pour le personnel soignant demeure présent.

CHIFFRES CLES

• Plus de 3200 MSF déployés, dont 270 internationaux
• 6 centres de traitement gérés par MSF, un total de près de 600 lits
• Plus de 4900 patients pris en charge, dont 3200 cas confirmés et près de 1140 survivants
• Plus de 877 tonnes de matériel médical acheminées
• Budget prévu (jusqu'à fin 2014) : 46,2 millions d'euros

 

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BBC. Lesprotocoles que vous suivez sur le terrain sont très stricts. Est-ce que tousceux qui travaillent en contact avec des cas suspects ou des patients infectés sont entraînés à suivre ces protocoles?

Anne Halford. Au-delà des protocoles et des combinaisons que l’on porte, ce qui est important c’est ce qu’on fait lorsqu’on porte ces combinaisons. Quand un nouveau membre de l’équipe arrive au centre, il est accompagné par quelqu’un avec plus d'expérience jusqu'à ce qu’enfiler la combinaison, l’enlever et bouger avec deviennent des gestes naturels. Mais même une fois que ce niveau est atteint, l’habillage et le déshabillage sont toujours faits en présence de quelqu’un d’autre.

Combien de tempsça prend de retirer une combinaison souillée ou contaminée?

Cela peut prendre entre dix et vingt-cinq minutes.             

Que fait-on des combinaisons contaminées ?

Elles sont brulées  dans un incinérateur à très haute température.

Donc toutes les tenues sont jetables, et elles ne peuvent pas être portées plus d’une fois ?

Les tenues ne sont pas réutilisables. Seuls quelques éléments sont réutilisables, comme les gants extérieurs, très épais, un peu comme des gants de cuisine mais très renforcés, qu’on peut réutiliser après qu’ils aient trempé dans une solution de chlore à 0,5% pendant un certain temps et qu’ils aient séché à l’air. Mais le reste de l’équipement est brûlé.

Etant donné le soin qu’il faut prendre pour mettre et enlever cette tenue, est possible qu’une erreur soit commise ? Y a-t-il eu des exemples de personnes pensant avoir fait une erreur et pouvoir être infectées ? Quelle est la procédure dans ce cas ?

Il n’y a pas de risque zéro dans un environnement Ebola, c’est impossible. MSF fait tout son possible pour minimiser les risques d’erreur. Tout le monde travaille en binôme, pour observer et surveiller les mouvements de l’autre. En cas de doute  sur une possible erreur, d’abord on désinfecte la personne avec une douche à l’eau chlorée installée sur place, puis nous lançons un processus d’enquête. C’est pour cela qu’il faut avoir un observateur, pour qu’il puisse confirmer ou infirmer ce que la personne peut avoir fait, car il est bien entendu difficile de se rappeler de chaque geste lorsqu’on craint d’avoir été infectés.

Y a-t-il une différence entre l’équipement du personnel national et celui du personnel expatrié ?

Non, il n’y aucune différence entre l’équipement d’un Libérien ou d’un étranger, tout le monde revêt la même tenue imperméable en plastique.

Ces protocoles contraignants et le port de cette tenue permettent-ils au personnel d’être confiant ?

Ça fait dix ans que je travaille avec MSF mais jamais avant cette mission je n’avais autant répété « Si tu ne te sens pas à l’aise, ne le fais pas ». Il y a eu de nombreux collègues qui nous ont dit « Aujourd’hui, je ne peux pas », et nous les avons laissé se reposer. Il y a eu des gens qui sont rentrés chez eux, ils ont décidé avec toutes les informations qu’on leur a donné qu’ils ne se sentaient pas à l’aise. Il y a aussi eu des collègues qui ont dit qu’ils ne se sentaient pas à l’aise mais que cette peur leur était utile pour pouvoir être en alerte et appliquer très précisément les procédures de sécurité. C’est certain qu’il y a des gens qui ne sont pas à l’aise, mais c’est parce que nous savons quels sont les risques encourus. Nous savons que nous disposons du meilleur matériel qui soit, mais nous savons aussi que nous ne sommes que des êtres humains.

Craignez-vous de manquer d’équipement ?

A MSF vous pouvez vous inquiéter de beaucoup de choses, mais pas de la fiabilité de la chaîne d’approvisionnement.  Nous avons toujours au moins l’équivalent de la consommation d’un mois dans nos stocks. Par exemple, nous utilisons environ 10 000 paires de gants de consultation par semaine, donc  quelque 40 000 par mois, et nous en avons toujours plus de 40 000 en stock.