Centre de traitement Ebola géré par MSF à Kailahun, en Sierra Leone.
Centre de traitement Ebola géré par MSF à Kailahun, en Sierra Leone. © Sylvain Cherkaoui / Cosmos

De retour d'un reportage à Kailahun, en Sierra Leone, où les équipes MSF luttent contre l'épidémie d'Ebola, David McKenzie, correspondant de CNN International, témoigne de la peur de la population et des défis que doivent relever les équipes médicales.

La première chose que j’ai remarquée lors de mon arrivée cette semaine dans la capitale de la Sierra Leone, était cet étrange et impressionnant silence. Les trottoirs, qui sont en temps normal occupés par la foule, étaient quasiment vides. Le gouvernement avait demandé aux habitants de rester chez eux ce jour-là ; les magasins étaient fermés, et la circulation limitée. Ce pays fait face aujourd’hui à une épidémie d’Ebola, la première de son histoire. L’atmosphère y est nerveuse et inquiétante.

Nous nous sommes rendus dans le district de Kailahun pour visiter un centre de soin au cœur de l’épidémie. Nous sommes la première équipe TV à nous y rendre depuis que le virus est devenu incontrôlable. Sur notre route, nous apercevons clairement l’étendue du problème lorsque l’on nous fait passer des contrôles de sécurité extrêmement stricts à hauteur des barrages routiers. « Nous devons prier », nous dit Mohammed Sisay, l’une des rares personnes que nous avons rencontrées. Selon un représentant de la Croix Rouge, le virus Ebola est « omniprésent ». Des experts ont indiqué que le pays et sa région ne pouvaient simplement pas gérer cette épidémie.

Au centre de soins, nous rencontrons l’extraordinaire équipe de Médecins Sans Frontières, qui travaille sur le terrain pour combattre cette maladie mortelle. Le virus Ebola n’est pas particulièrement contagieux, mais il se distingue par son caractère hautement infectieux. Une petite goutte de fluides corporels suffit pour infecter quelqu’un. Une douzaine de docteurs et infirmières en sont déjà morts. Au centre, des combinaisons très perfectionnées permettent d’assurer la sécurité du personnel, mais ces courageux travailleurs humanitaires prennent de grands risques personnels. Malgré cela, un docteur m’a confié qu’il devait impérativement être présent : « Sans nous, il n’y aurait rien ici ».

Quant aux patients eux-mêmes, le pronostic n’est pas bon. 70% des cas confirmés meurent. Alors que nous interrogeons certains malades sous traitement, des mesures strictes nous imposent d’être à au moins quelques mètres. Isolée et effrayée, une femme me raconte comment son mari et son fils ont été tués par la maladie. Elle et sa fille de 12 ans sont contaminées par le virus Ebola, mais elles sont déterminées à le combattre et le vaincre, me dit-elle.

Le centre fonctionne à pleine capacité. Malheureusement, personne ne connaît le nombre réel de cas présents sur le territoire. Une représentante de Médecins Sans Frontières m’a indiqué qu’ils sont « débordés » face à l’épidémie et qu’ils ne parviennent pas à rattraper ce retard. Les efforts actuellement fournis ne seront pas suffisants pour endiguer le virus, précise-t-elle.

David McKenzie, correspondant de CNN International