Phillipe LE VAILLANT
Phillipe LE VAILLANT © Ludo WEYLAND

La vaccination de routine dans les pays ouest-africains touchés par le virus Ebola a été considérablement réduite depuis le début de l’épidémie. Dans le comté de Montserrado, au Liberia, MSF a mené une campagne de vaccination contre la rougeole accompagnée des protocoles de sécurité adaptés. Philippe Le Vaillant, chef de mission MSF au Liberia, revient sur la nécessité d'accroître la couverture vaccinale tout en rétablissant la confiance dans les services médicaux.

Situation

INTERVENTIONS DE MSF

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CHIFFRES-CLES

• Plus de 4400 MSF déployés, dont 325 internationaux
• 8 centres de traitement gérés par MSF avec un total de près de 650 lits ainsi qu'un centre de transit
• Plus de 8100 patients pris en charge, dont 4960 cas confirmés et près de 2300 survivants

 

EN SAVOIR PLUS

► Consulter notre dossier spécial "Urgence Ebola".

► Consulter notre FAQ Ebola.

Quel a été l’impact d’Ebola sur la vaccination des enfants ?

Au même titre que les autres activités médicales dans le pays, l'épidémie d'Ebola a également considérablement réduit la vaccination. Les autorités libériennes ont indiqué que le nombre d'enfants vaccinés chaque mois avait chuté de 60% à la fin de 2014. La couverture vaccinale pour la rougeole est tombée à 58% alors qu’il faudrait au minimum 80% pour obtenir une protection efficace. En janvier dernier, environ 92 000 enfants n’avaient pas été vaccinés du tout, les rendant vulnérables à plusieurs maladies infantiles pourtant évitables. 

Avec la baisse du nombre de nouveaux cas d'Ebola au Liberia, est-ce que les activités de vaccination ont repris ?

A Monrovia, la majorité des établissements de santé ont rouvert et sont en mesure d’effectuer la vaccination de routine. Cependant les travailleurs de santé ont d’abord besoin d'être rassurés avant d'effectuer des injections car manipuler du sang constitue l'un des principaux risques de contamination dans un contexte Ebola. La population est également encore effrayée. Les gens restent réticents à venir se faire soigner dans les établissements médicaux. Une de nos priorités est de surmonter ces pertes de confiance, notamment à travers la formation et la sensibilisation communautaire.

Une récente publication suggère qu'une importante épidémie de rougeole pourrait se propager dans la région en raison des faibles taux de couverture vaccinale. Qu'en est il ?

Une épidémie de rougeole avait en fait été déclarée en janvier 2014 à Conakry, en Guinée, soit juste avant le début de l'épidémie de fièvre Ebola. Début mars, les équipes de MSF ont répertorié environ 180 cas de rougeole dans la capitale libérienne. Au-delà des chiffres et des projections, il est essentiel de renforcer les capacités de surveillance et d’investigation tout en ramenant le plus vite possible les couvertures vaccinales à des taux plus élevés.

Que fait MSF au sujet de la vaccination rougeole au Liberia ?

Dans le comté de Montserrado, MSF a appuyé des centres de santé avec des donations et des séances de formation, notamment sur la prise en charge des enfants infectés. Nous travaillons également avec les autorités sanitaires libériennes et leurs partenaires afin de renforcer la surveillance et de cartographier les cas.

Les 18 et 19 mars, nos équipes ont effectué une campagne de vaccination contre la rougeole à Peace Island. Ce quartier de Monrovia avait reporté le plus grand nombre de cas de rougeole. 500 enfants âgés de 6 mois à 5 ans y ont maintenant été vaccinés. Des protocoles renforcés de prévention des infections ont été appliqués au cours de cette campagne (contrôle systématique de la température et questionnaire médical; désinfection des gants entre chaque injection; files d'attente plus courtesetc.) Notre objectif était aussi de montrer qu’il est possible de vacciner de manière sûre dans un contexte Ebola.

Nous espérons désormais que les enseignements de cette campagne pilote puissent contribuer à l'organisation de la vaccination de masse prévue en mai prochain par les autorités libériennes. Dans l’idéal, il serait souhaitable de pouvoir également immuniser les enfants contre d’autres pathologies (polio, diphtérie, coqueluche, tétanos…), distribuer de la vitamine A et des traitements préventifs contre le paludisme, car la saison des pluies va démarrer. Jusqu'à présent, le risque de contamination Ebola excluait toute possibilité de vacciner. Cela pourrait être en train de changer.